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Burundi. Le bilan officiel des massacres révisé à la baisse

August 23, 1988 Leave a comment

Après avoir avancé, dimanche, le chiffre de 24000 victimes après les tueries entre populations tutsie et hutue, les autorités burundaises ont publié un bilan provisoire d’«au moins 5000 morts».

  

23-08-1988

  

Les massacres ethniques dans le nord du Burundi ont fait «au moins 5000 morts», Hutu et Tutsi confondus, selon un premier bilan provisoire rendu public hier par les autorités de Bujumbura. Les corps des victimes auraient déjà été ensevelis par les « services de secours sur place ». Selon le chef de la diplomatie burundaise, Cyprien Mbonimpa, le gouvernement maîtrise la situation dans le Nord, bien qu’il y ait «encore, par-ci, par-là, quelque résistance des rebelles». Devant le corps diplomatique à Bujumbura, le ministre a déclaré que le gouvernement «exclut toute idée de répression aveugle et confirme que les coupables seront jugés en toute transparence». Ces assurances sont contredites par les récits détaillés et recoupés des réfugiés qui affluent toujours par milliers au Rwanda voisin. Blessés pour certains d’entre eux, ils décrivent, dans tous ses détails d’horreur, la campagne vengeresse de l’armée, presque exclusivement composée de Tutsis, l’ethnie minoritaire au pouvoir. Dimanche soir, après une visite à la frontière et dans les centres d’accueil, le représentant au Rwanda du Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR), Codé Cissé, a déclaré à l’agence Reuter : « On ne peut pas parler de guerre civile, car les armes ne sont que d’un côté. C’est devenu un massacre perpétré par l’armée burundaise. »

En 1972, lors des plus graves affrontements interethniques au Burundi, la contre-terreur tutsie avait fait plusieurs centaines de milliers de victimes parmi les Hutus. De toute façon peu nombreuse, leur élite fut littéralement exterminée. A l’époque, un comité du Congrès américain avait parlé, sans ambages, de « massacres approuvés par le gouvernement». Aujourd’hui, le même soupçon pèse sur le régime minoritaire des Hutu.

A-t-il voulu absoudre d’avance les représailles de son armée en exagérant les tueries hutues ? Le fait est que, dimanche, un premier bilan officieux de 24000 morts, avancé sous couvert de l’anonymat par un «haut responsable», n’a suscité, tout au long de la journée, aucun démenti de la part des autorités. C’est seulement devant l’incrédulité, voire la suspicion, provoquées par ce bilan à l’évidence fantaisiste, que le gouvernement de Bujumbura l’a révisé à la baisse.

Dimanche soir à Butaré, la capitale du sud rwandais, les autorités préfectorales des provinces touchées, de part et d’autre de la frontière; ont fait le point de la situation. Dans un communiqué commun publié hier, la délégation burundaise a mis en avant la détermination de son gouvernement à « accélérer le processus de pacification totale». Quant aux représentants rwandais, ils ont tenu à souligner que les réfugiés burundais sur leur territoire «sont en état de sécurité et hors d’état de nuire, conformément à la politique de bon voisinage pratiquée par le gouvernement rwandais, qui ne peut ni favoriser ni permettre des attaques dirigées contre un pays voisin ». Tout l’embarras du gouvernement de Kigali tient dans cette formule. Pour le président rwandais, Juvenal Habyarimana, les massacres au Burundi menacent le fragile équilibre qu’il a su instaurer dans son propre pays. D’une composition ethnique identique à celle du Burundi —plus de 80 % de Hutus face à moins de 20% de Tutsis— le Rwanda est, depuis 1959, gouverné par la majorité hutue. Autant dire que les carnages de l’autre côté de la frontière ne laissent pas indifférents. Fort heureusement pour les quelque 40000 réfugiés, le réflexe de la solidarité ethnique joue en leur faveur. Mais, déjà mis à l’épreuve par des pluies diluviennes, le Rwanda n’a pas les moyens de les accueillir dans des conditions satisfaisantes. Les rescapés, dont plus de la moitié sont des enfants de moins de dix ans, passent les nuits dehors, dans le froid nocturne d’une région montagneuse située à plus de 2000 mètres d’altitude.

Stephen SMITH

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Burundi. TERREUR TUTSI CONTRE MASSACRES HUTU

August 22, 1988 Leave a comment

Des affrontements entre tribus tutsi et hutu auraient fait, depuis une semaine, des dizaines de milliers de victimes dans le nord du Burundi. La répression de i’armée, en majorité tutsi, répondrait aux atrocités commises par des Hutu. Les réfugiés affluent au Rwanda.

 
22 août 1988

 
Qui massacre qui dans le nord du Burundi où, depuis une semaine, des atrocités tribales auraient fait des dizaines de milliers de victimes? Hier, une source gouvernementale à Bujumbura a déclaré à l’envoyé spécial de l’AFP qu’«au moins 24000 personnes» ont été tuées lors de massacres contre l’ethnie minoritaire Tutsi. Selon ce haut fonctionnaire qui a requis l’anonymat, tout danger n’était pas encore écarté, mais la situation était  «en train d’être normalisée». Or, c’est précisément la pacification par l’armée burundaise – composée, elle, en majorité par des Tutsi — qui serait à l’origine d’un tout aussi incroyable carnage de représailles parmi les Hutu, l’ethnie majoritaire du pays. C’est du moins ce qui ressort des témoignages de rescapés, dont plus de 30000 se sont réfugiés au Rwanda voisin.

Est-il imaginable qu’en l’espace d’une dizaine de jours la «machette vengeresse» des Hutu ait fauché 24000 Tutsi? Selon une source gouvernementale, une foule en colère, armée de machettes, de lances et de gourdins, aurait mis à mort, «d’une façon sélective», tous les membres de l’ethnie minoritaire qui, depuis des siècles, exerce le pouvoir au Burun- Burundi. Environ 3000 familles tutsi, comptant chacune une dizaine de personnes, auraient été abattues, hommes, femmes et enfants sans discrimination. Cette boucherie se serait déroulée dans la province septentrionale de Kirundo, à quelque 300 km au nord de la capitale. Depuis jeudi dernier, les autorités ont imposé sur l’ensemble du territoire un couvre-feu du crépuscule à l’aube, et les rassemblements de plus de cinq personnes sont interdits. Aucun observateur indépendant n’a été autorisé à se rendre dans le nord du pays.

L’histoire du Burundi s’est-elle répétée, une fois de plus, dans un hoquet sanglant qui rappelle les massacres à répétition de 1965,1969,1972 et 1973? Si la réalité d’une nouvelle hécatombe ne semble plus faire de doute, l’ampleur des tueries et les responsabilités restent à établir. A cet égard, la version officielle qui tend à accréditer l’idée d’une rage d’extermination, du côté des Hutu opprimés, n’est pas sans contradictions.

Mercredi dernier, le chef de la diplomatie burundaise avait révélé des affrontements ethniques dans le nord du pays devant le corps diplomatique accrédité à Bujumbura. Il était alors question de deux communes seulement et, en particulier, de Ntega, dans la province de Kirundo où « des groupuscules d’extrémistes venus de l’étranger» auraient fait croire à « l’imminence d’une guerre civile». Sans avancer de bilan ni même un ordre de grandeur concernant les victimes tutsi, Cyprian Mbonimpa s’était borné à indiquer un « nombre de morts très important et qui ne cesse d’augmenter». Cependant, dès jeudi soir, l’ambassadeur burundais à Bruxelles affirmait que «le gouvernement maîtrise la situation et la paix est revenue depuis mardi». Le diplomate précisait également que l’année était intervenue pour «pacifier le pays». Citant le chef de l’Etat, le colonel Pierre Buyoya, la radio nationale a confirmé, vendredi, le retour au calme.

Pourtant, au Rwanda voisin, les réfugiés burundais – dans leur vaste majorité des Hutu – ne cessent d’affluer, désormais à raison de 5 000 par jour. Joint par téléphone, le représentant sur place du haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a fait état de plus de 35 000 rescapés dont les récits d’horreur accusent, unanimes, l’armée burundaise des pires représailles. Assoiffés de vengeance, les soldats tutsî tireraient à vue sur la population. Survolant des villages hutu à bord d’hélicoptères, ils auraient mitraillé les habitations et les gens dans la rue sans discrimination aucune. Ailleurs, des Hutu, alignés par terre, auraient été transpercés un par un à la baïonnette. De nombreux cadavres, flottant sur la rivière-frontière Akanyaru, témoignent d’un bain de sang d’une rare cruauté.

«Il y a peut-être davantage de morts que de réfugiés», a déclaré, hier dans le sud rwandais, une survivante hutu avant de relater comment trois de ses enfants avaient été tués à coups de baïonnette par des soldats tutsi. Si toute évaluation chiffrée demeure pour le moment aléatoire, il ne fait en revanche plus de doute que la haine tribale au Burundi vient de fêter une macabre résurgence. En 1972, des bandes armées hutu, venues de Tanzanie, du Zaïre et du Rwanda, s’étaient attaqué, à coups de machette et de lance, aux Tutsi, l’ancienne noblesse du pays qui représente moins de 20 % de la population. A l’époque, la contre-terreur des Tutsi, majoritaires au sein de l’armée et dans l’appareil d’Etat, avait fait plusieurs centaines de milliers de morts. Cette « la lutte tribale impitoyable et féroce», à l’époque dénoncée par le pape Paul VI, frôle-t-elle à nouveau le génocide? S’il est trop tôt pour l’affirmer, tout porte à croire que les derniers massacres ont été déclenchés, une fois de plus, par l’action désespérée des futures victimes.

Selon les témoignages concordants des réfugiés, l’émeute a été provoquée alors que l’arrestation de deux Hutu tournait court. Ayant abattu les fuyards, les soldats tutsi auraient été lynchés, à leur tour, par la foule. Déchaînée, celle-ci s’en serait alors pris indistinctement à tous les habitants tutsi. « Ils ont massacré toute personne élancée qui les dépassait d’une tête», affirme un témoin joint par téléphone. Il estime à «environ un millier» les victimes parmi l’ethnie minoritaire, d’origine nilo-éthiopique. Cette estimation est corroborée par-d’autres récits indiquant que l’éruption de violence hutu a atteint son paroxysme le dimanche 14 août. « Depuis mardi dernier, les renforts de l’armée sont seuls à se livrer aux massacres », prétend en revanche le même témoin. A l’en croire, le bilan de 24000 victimes tutsi avancé hier par une source gouvernementale, ne serait destiné qu’à « couvrir d’avance le génocide de l’armée».

Un terrible soupçon pèse ainsi sur le régime du colonel Pierre Buyoya qui s’apprêtait, le 3 septembre, à fêter son premier anniversaire au pouvoir. Hier soir, son prédécesseur Jean-Baptiste Bagaza, en exil en Ouganda, a rejeté toute responsabilité dans « la rébellion g. contre le régime de Bujumbura qui est I une suite logique du coup d’Etat ». L’an-j cien président affirme que « la solution de tous les problèmes pseudo-ethniques réside dans le développement économique et social ainsi que dans l’instauration de la démocratie». Incontestablement mais de la part d’un homme qui, pendant onze ans au pouvoir, s’y est vainement employé, cela revient à prendre beaucoup de hauteur. Pour la vaste majorité hutu, exclue des leviers de commande, la « lutte des clans tutsi» n’a d’importance qu’en érodant la suprématie des «seigneurs». A cet égard, il est révélateur que le nord du pays, limitrophe du Rwanda, ait à nouveau cru le moment propice pour secouer le joug de la domination. L’exemple est sous les yeux, de l’autre côté de la frontière : au Rwanda, dont la composition ethnique est strictement identique, les paysans hutu ont pris le pouvoir, dès 1959, en renversant la féodalité tutsi. Ce qui, aujourd’hui, place les dirigeants rwandais dans une position délicate. Surtout si, au Burundi voisin, la majorité des Hutu devait être, une fois de plus, la principale victime.

Stephen Smith

 

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Massacres tribaux

August 19, 1988 Leave a comment

Des Hutu, ethnie majoritaire au Burundi, sèment la terreur en massacrant des membres de la minorité Tutsi. Près de 15000 personnes ont fui vers le Rwanda. Le couvre-feu a été décrété.

1988-08-19

 
Le couvre-feu a été décrété au Burundi, alors que le nord du pays est à nouveau le théâtre d’atrocités tribales. Depuis une semaine, des « éléments hutu venus de l’étranger» s’y livrent à des massacres de Tutsi, l’ethnie minoritaire, a révélé le ministre burundais des Affaires étrangères, selon lequel «le nombre des morts est très important et ne cesse d’augmenter». Mercredi, devant le corps diplomatique accrédité à Bujumbura, Cyprien Mbonimpa, a affirmé que « les auteurs de ces horreurs et leurs commanditaires veulent provoquer une guerre civile au Burundi ». Au moins 15000 personnes ont fui les provinces septentrionales de Ngozi et Kirundi pour se réfugier au Rwanda voisin, indique une source à Kigali. Déjà en 1972, des bandes armées hutu, venues de Tanzanie, du Zaïre et du Rwanda, s’étaient attaquées, à coups de machettes et de lances, aux Tutsi, l’ancienne noblesse du pays qui représente 15 % de la population. A l’époque, la contre-terreur des Tutsi, majoritaires au sein de l’armée et de l’appareil d’Etat, avait fait plus de 100000 victimes parmi les Hutu, selon des estimations indépendantes. A peine un an plus tard, au printemps 1973, de nouvelles attaques hutu, issues de la masse des réfugiés à l’étranger, avaient relancé la haine raciale. Né de l’asservissement des Hutu, d’origine bantoue, par les conquérants tutsi, d’origine nilo-éthiophique, cet antagonisme historique a été mis à profit et exacerbé par la colonisation belge.

S.Sm.

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