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Archive for February, 1991

Cessez-le-feu en panne au Rwanda

February 21, 1991 1 comment

Malgré un geste en faveur des exilés Tutsi, le sommet de Dar es-Salam s’achève sans réel espoir de conciliation.

21 février1991

 
Au Rwanda, en guerre civile depuis cinq mois, il n’y a ni cessez-le-feu ini accord pour le retour d’un demi-million de réfugiés, pour la plupart des Tutsi, installés depuis trente ans dans les pays voisins. Le sommet régional qui, à Dar es-Salam, vient de réunir cinq chefs d’Etat et le Premier ministre du Zaïre n’a pu résoudre aucun des problèmes à l’origine des affrontements armés, depuis le 1er octobre dernier, entre l’armée rwandaise et les rebelles du Front patriotique (FPR). Alors qu’une trêve avait déjà été annoncée dimanche, le sommet vient de mandater le président zaïrois pour conclure, dans les deux semaines à venir, un cessez-le-feu formel. Faute de concertation préalable avec le FPR, les chances de succès sont minimes.

En revanche, le communiqué final de la conférence entérine l’acceptation, par le gouvernement rwandais, du droit de tous les réfugiés au rapatriement volontaire. Les autorités de Kigali, jusqu’alors hostile au « retour en masse» des exilés, se sont engagé à « lever tous les obstacles qui empêchent leur retour et à garantir leur pleine participation au processus démocratique du pays». Une réunion avec les pays donateurs de la région devrait permettre, dans un délai de six mois, de «mobiliser les ressources nécessaires» à la réinstallation de tous les volontaires au retour. Ceux-ci risquent cependant d’être peu nombreux tant que l’actuelle discrimination à l’égard des Tutsi n’aura pas trouvé un début de solution dans le cadre d’une politique de «réconciliation nationale».

Le gouvernement vient de franchir un pas timide dans cette direction. Une amnistie « en faveur de rebelles et, plus largement, de tous les opposants » vient d’être annoncée à Dar es-Salam. Toutefois, des « Rwandais ayant combattu leur patrie l’arme à la main » ne seraient pas concernés. Ce geste conciliatoire apparaît, de ce fait, sans portée réelle d’autant que le gouvernement ne reconnaît détenir en état d’arrestation que 1566 «suspects et sympathisants du FPR » alors que des sources indépendantes évaluent leur nombre à environ 4000.        

 

S.Sm

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Categories: Rwanda

Afrique de l’est. Les voisins au chevet du Rwanda

February 19, 1991 Leave a comment

Les chefs d’Etat des pays limitrophes se réunissent aujourd’hui pour résoudre le problème des réfugiés rwandais. Au moment où un cessez-le-feu est conclu entre le Rwanda et l’Ouganda.

 
Février 1991

 
Cinq Présidents, et un Premier ministre tentent de trouver, aujourd’hui à Dares-Salam, une solution régionale à la guerre civile qui, depuis quatre mois et demi, ravage le nord du Rwanda. Outre le président Juvenal Habyarimana, au pouvoir à Kigali depuis dix-sept ans, les chefs d’Etat de la Tanzanie, pays hôte du sommet, du Burundi, du Kenya et de l’Ouganda, d’où les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR) ont lancé leur offensive le 1er octobre dernier, cherchent, avec le Premier ministre zaïrois, un règlement entre voisins du problème des réfugiés rwandais. Ils sont 461000 rien que dans les cinq pays limitrophes. Dimanche, les présidents du Rwanda et de l’Ouganda se sont déjà entendus sur un cessez-le-feu « immédiat et sans condition ». Il est, théoriquement, en vigueur depuis hier matin. Les rebelles du FPR n’ont pas décrété, de leur côté, la cessation des hostilités qui, depuis l’attaque de la ville de Ruhengeri, le 23 janvier, ont au contraire redoublé d’intensité. Ni dimanche, lors de la rencontre du président mandais Habyrimana avec Yoweri Museveni, le chef de l’Etat ougandais,, ni aujourd’hui, à l’occasion du sommet régional, ils n’ont d’ailleurs été conviés. Aussi, le représentant du FPR à Paris est-il « sceptique »  quant aux chances de réussite des efforts de réconciliation. « Un cessez-le-feu présuppose la reconnaissance officielle de notre organisation par le gouvernement en tant que mouvement de libération national à l’intérieur du Rwanda », nous a déclaré Bosco lyamuje. Jusqu’à présent, les autorités à Kigali ont présenté le FPR comme force militaire, constituée d’exilés Tutsi, qui infiltreraient le nord du Rwanda à partir de l’Ouganda voisin accusé de complicité.

La réduction du conflit au seul problème des réfugiés à l’étranger, d’autant qu’elle met en avant la communauté — minoritaire au pays— des Tutsi, est également critiquée par le mouvement rebelle. «Sur les huit conditions que nous posons pour l’ouverture de négociations avec le gouvernement, le retour des réfugiés ne figure qu’à la sixième place », explique le représentant du FPR à Paris, ajoutant : « La formation d’un gouvernement provisoire, la convocation d’une conférence nationale et l’instauration d’une véritable démocratie sont à nos yeux des objectifs prioritaires et, du reste, préalables, au retour des exilés.» Comment alors expliquer que Yoweri Museveni, président du pays qui leur sert de « sanctuaire », ait accepté le cadre d’une solution régionale? «Pour le moment, nous ignorons s’il a pris des engagements mais, de toute façon, nous avons assez de pouvoir pour négocier nous-mêmes…»

En réalité, des concessions ont été faites, aussi bien par le Rwanda que par l’Ouganda, sous la pression des bailleurs de fonds européens. Face au «pourrissement» du conflit, ceux-ci ont récemment évoqué le danger d’un « tarissement des flux d’aide» à destination des deux pays enclavés. Le Rwanda a alors accepté le principe, auparavant rejeté en raison de l’exiguïté des terres, d’un « retour en masse» des réfugiés… à condition, toutefois, que leur installation soit prise en charge par la communauté internationale. De son côté, l’Ouganda a réitéré sa « neutralité» allant jusqu’à prendre l’engagement de «presser les rebelles d’accepter le cessez-le-feu ». Resterait à instaurer, à l’intérieur du Rwanda, un climat de réconciliation. A la suite des rafles du mois d’octobre dernier, d’abord sur la base de listes préétablies de «suspects», puis par l’incitation à la délation de «sympathisants» du FPR, quelque 4000 personnes sont toujours en état d’arrestation. Or, selon Me Philippe Dahinden qui, pour le compte de la Commission internationale des juristes (CIJ), vient de séjourner au Rwanda, « la plupart des dossiers ne contiennent aucune preuve ou des indices suffisants pour justifier un renvoi devant un tribunal ». Quant aux deux procès qui ont été intentés, ils ont abouti à huit condamnations à mort dans des circonstances jugées scandaleuses par la CIJ. Quinze sur vingt-cinq prévenus n’ont même pas eu de défenseurs et ont eu droit seulement aux intimidations, allant jusqu’aux menaces de mort, devant la Cour de sûreté de l’Etat. Les médias d’Etat ont relayé des appels à la haine raciale dans un pays où, depuis la «révolution» en 1959, la majorité Hutu a pris le pouvoir.

 
Stephen SMITH

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