Archive

Archive for March, 1992

Massacres interethniques dans le sud rwandais

March 18, 1992 Leave a comment

Au moins 300 personnes de l’ethnie minoritaire des Tutsis auraient été tuées et 15000 autres déplacées dans la région de Bugesera : les principaux partis d’opposition accusent le pouvoir d’être responsable de ces tueries.

18 mars 1992


Au moins trois cents personnes d’ethnie tutsie tuées, et 15000 autres déplacées dans la région du Bugesera : selon l’Association rwandaise des droits de l’homme —qui a enquêté cinq jours dans tout le sud du pays—, ce premier bilan des massacres, qui ont eu lieu au sud de Kigali, n’est que «provisoire». Il faudra en effet lui ajouter « les personnes qui ont été brûlées oit jetées dans des fosses d’aisance», estime l’Association, qui réfute ainsi le chiffre de soixante    morts    fourni    par  les autorités.

Les deux leaders des principaux partis d’opposition, le Mouvement démocratique républicain (MDR, hutu) et le Parti libéral (PL, tutsi) accusent d’ailleurs le pouvoir d’être responsable des massacres de Tutsis. «Nous sommes convaincus que les autorités ont organisé ces violences dans le but désespéré de terroriser l’ethnie tutsie », affirme ainsi le président du PL, Justin Mugenzi.

La grande majorité des adhérents du Parti libéral sont des Tutsis, l’ethnie minoritaire au Rwanda.. Depuis la révolution de 1959. qui a vu la fin de la monarchie tutsie. ce sont les Hutus qui dirigent le pays. Justin Mugenzi accuse la milice des jeunes du parti au pouvoir, le MRND. ex-parti unique, de s’être rendus dans le Bugesera pour déclencher les attaques de Hutus contre les Tutsis. «Nous en sommes sûrs, nous avons vu à l’hôpital de Kigali certains d’entre eux venir se faire soigner après avoir été blessés », affïrme-t-il.

Le président du PL accuse également^ les militaires d’avoir désarmé les Tutsis qui voulaient se défendre. Selon lui, le bourgmestre de la sous-préfecture de Kanzenze a organisé localement les massacres. Ces accusations, niées de sources proches du gouvernement, sont reprises par le leader de l’autre grand parti d’opposition, le MDR, qui recrute, lui, essentiellement parmi les.Hutus. Ces deux partis ont formé une alliance pour tenter de dépasser les séculaires clivages ethniques qui déchirent le Rwanda. Ils estiment que, redoutant de perdre le pouvoir au profit de l’alliance, le président Juvénal Habyarimana aurait favorisé les troubles interethniques dans le Bugesera.

Le PL et le MDR viennent cependant de signer avec le parti au pouvoir, le MRND, un accord pour la formation d’un gouvernement de transition. Le Premier ministre devrait être choisi dans les prochains jours par le président Habyarimana parmi les candidats présentés par l’opposition. Les leaders du PL et du MDR ne se déclarent cependant pas très optimistes. Même s’ils estiment que, dans le cas d’une élection présidentielle, l’alliance de l’opposition devrait l’emporter au premier tour.

Par ailleurs, la communauté rwandaise en France accuse l’armée et la gendarmerie, sur place depuis le début des événements, de n’être pas «intervenues pour maintenir l’ordre et de prêter plutôt, main forte à ceux qui commettent ces massacres en fournissant essence et explosifs pour détruire les maisons en dur». Cette communauté s’inquiète en outre de l’instauration de l’état d’urgence dans la région de Bugesera et du couvre-feu dans les zones de massacres, estimant que celui-ci permet la « poursuite des tueries à huis clos et empêche la population d’atteindre les missions chrétiennes, seuls lieux de refuge possibles», mais aussi l’accès de cette région aux observateurs indépendants et aux secours. Des milliers de Tutsis sont en effet regroupés dans trois centres d’accueil improvisés : en pleine saison des pluies, ils manquent de v tentes, de couvertures et de nourriture.

D’après AFP

Advertisements
Categories: Rwanda