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L’opposition veut écarter Mobutu en douceur

April 21, 1992 Leave a comment

Soucieuse d’assurer une transition pacifique, la Conférence nationale choisissait hier de ne pas écarter totalement de sa direction les partisans de Mobutu. Tout en réservant à celui-ci un futur présidentiel honorifiques.

 
Kinshasa, envoyé spécial

21 avril 1992

 
 
Ce n’est pas, comme il l’avait souhaité, dans la «joie pascale» que se déroulait  hier l’élection de Mgr Laurent Monsengwo, président de la conférence  épiscopale du Zaïre et archevêque de Kisangani. à la tête du « bureau définitif» de la Conférence nationale. Les quelque 2700 délégués de cette «assemblée du peuple» qui, dès mercredi dernier, avait proclamé sa «souveraineté » et le caractère « impératif, exécutoire et opposable à tous» de ses décisions, se sont empêtrés dans des tractations sans fin pour désigner les 11 membres de l’instance dirigeante de leurs assises. Si l’élection du prélat, favorable à une « réconciliation nationale sans exclusion’», ne faisait aucun doute hier soir, l’entrée dans le présidium de la Conférence nationale de trois proches du président Mobutu s’est, en revanche, âprement discutée jusque tard dans la nuit.

Invoquée à tout bout de champ par des orateurs souvent passionnés, la «dynamique dans la salle» était au départ franchement hostile à tout compromis avec «l’ancien régime». Ce dernier, cependant, n’appartient pas encore au passé, du moins en dehors du « Palais du peuple », à Kinshasa, où siège, depuis sa réouverture, le 6avril, la Conférence nationale. Aussi, paradoxalement, c’était hier le noyau dur de l’opposition zaïroise, l’alliance des partis politiques regroupés au sein de « l’Union sacrée », quia tenu à associer la «mouvance présidentielle», fidèle au maréchal Mobutu . « II faut les impliquer au maximum pour éviter qu’ils ne portent, par la force, un coup d’arrêt à la Conférence nationale ou. s’il le font quand même, pour les mettre devant leurs responsabilités aux veux de l’opinion nationale et internationale», a notamment fait valoir Alexis Tambwe, de l’Union des démocrates indépendants (UDI).

Depuis la mutinerie d’une partie de l’armée, en septembre dernier, les violences et pillages qui ont coûté la vie à plus de 250 Zaïrois et qui ont provoqué l’évacuation de quelque 15000 expatriés, puis l’éphémère passage à la tête du gouvernement du principal opposant Etienne Tshisckcdi. démis par le maréchal Mobutu dix jours après sa nomination comme Premier ministre, l’opposition zaïroise a fait du chemin. Aujourd’hui, l’euphorique espérance d’une rupture nette avec vingt-sept années de régime « mobutiste » l’a cédé à des considérations à la fois plus réalistes et plus… tactiques. Pour dissuader d’un scénario violent «à l’algérienne» le tout-puissant dictateur d’hier, qui garde toujours la haute main sur ce qui reste des finances et de l’armée du pays, l’opposition a accepté de négocier avec lui une « Charte de la transition ».

Ce contrat de mariage forcé, d’une durée limitée à dix-huit mois au grand maximum, se négocie laborieusement en marge de la Conférence nationale. La semaine dernière, alors que celle-ci se préoccupait encore de son règlement intérieur et de la validation des mandats de ses délégués, les protagonistes de l’Union sacrée, d’un côté, et de l’ex-parti unique (MPR), de l’autre, discutaient déjà de « garanties mutuelles qui permettraient le passage à la démocratie, sans dérapage dans la guerre civile ». C’est bien d’un changement de régime qu’il s’agit. Mercredi dernier, dans un texte dactylographié de plusieurs pages. l’opposition a demandé au président Mobutu de «s’effacer» pendant la période de transition : autorisé à régner mais non plus à gouverner, il est prié d’inaugurer les chrysanthèmes au lieu de faire main basse sur la caisse de l’Etat. La réincarnation du maréchal en reine d’Angleterre requiert un solide effort d’imagination. Cependant, pour favoriser cette métempsycose, l’opposition zaïroise a fait des concessions importantes. En échange d’une «attitude constructive» de la part du chef de l’Etat, elle s’engage à reconnaître sa légalité, bien que le mandat présidentiel soit arrivé à échéance le 4décembre dernier, à «ne pas s’en prendre nia sa personne .ni à sa famille, ni son entourage» et. surtout, à lui permettre de se représenter à la prochaine élection présidentielle. En attendant, pour éviter des problèmes qui. en octobre dernier, avaient abouti au brusque limogeage du Premier ministre Tshisekedi, le maréchal vivrait dans les limites pécunaires d’une «liste civile». Celles-ci ne sont pas étriquées: pendant la transition, le budget autonome de la présidence serait fixé à 50 millions de dollars. A titre de comparaison : la « liste civile » du roi des Belges s’élève à environ 5 millions de dollars, celle de la reine d’Angleterre à 9 millions et le budget du Président américain à moins de 12 millions.

 
Stephen SMITH
 

Categories: Zaïre