Archive

Archive for May, 1992

Amnesty épingle les exécutions couvertes par les autorités du Burundi

28 mai 1992

 
L’employé d’une école conventuelle à Kanyosha était déjà blessé par balle. Mais les soldats gouvernementaux, ignorant les protestations de deux prêtres catholiques, l’ont tiré de force du réfectoire où il s’était réfugié, pour l’achever dehors, à la baïonnette.

C’était le 27 novembre dernier, aux abords de la capitale burundaise. La veille, à une quinzaine de kilomètres de Bujumbura, la recherche infructueuse d’un «insurgé» s’était soldée par la destruction de sa maison familiale. Acte de vengeance insensée, des soldats avaient lancé une grenade parmi six femmes et enfants, le plus jeune n’étant âgé que de huit mois. Deux semaines plus tard, le 10 décembre, dans une prison provinciale au nord de Bujumbura, des détenus aux bras ligotés étaient mis à mort à coups de gourdins et de baïonnettes.

Ces trois incidents, qui ont fait l’objet d’une enquête au mois de février, sont relatés en détail dans le rapport d’Amnesty international rendu public aujourd’hui. Sur la base de « dizaines de témoignages » recueillis sur place, l’organisation humanitaire accuse les autorités burundaises d’avoir couvert «l’exécution extrajudiciaire d’au moins mille civils hutus », l’ethnie majoritaire du Burundi où cependant la minorité tutsi exerce la réalité du pouvoir. Notamment au sein de l’armée qui, à la suite d’attentats insurrectionnels attribués au clandestin Palipehutu (Parti pour la libération du peuple hutu), s’est livrée à la fin de l’année dernière à une sanglante répression. Le gouvernement n’a ni reconnu ni, à plus forte raison, sanctionné de « bavures » tout en officialisant

un bilan de 551 victimes. Après avoir adressé une lettre au président Pierre Buyoya; restée sans réponse, Amnesty avance aujourd’hui un bilan bien plus lourd et affirme que plus de 500 prisonniers politiques croupissent dans les prisons burundaises, dont une soixantaine depuis plus de six mois, sans inculpation ni jugement. L’organisation humanitaire, craignant que « le sang continue de couler au Burundi», somme le gouvernement de «rompre l’habitude qui est la sienne depuis 25 ans de laisser la police et l’armée commettre des meurtres en toute impunité ».

 

Stephen SMITH

 
• Le gouvernement burundais s’est dit hier étonné de l’attitude d’Amnesty international face à ce qu’il qualifie d’agression d’éléments armés venus de l’extérieur. Il s’étonne notamment que l’organisation ne dénonce pas les agissements du Palipehutu, le Parti pour la libération du peuple hutu, qu’il accuse d’être une organisation tribaliste prônant la violence contre les Tutsis et recourant au terrorisme, et qu’il tient pour responsables de massacres commis depuis août 1988.

« Jeune Afrique » saisi au Maroc

Le dernier numéro de Jeune Afrique a été saisi par les autorités marocaines en raison d’un article intitulé «Ma-‘ roc: que cherche l’opposition?», évoquant des négociations entre le roi Hassan II et les membres de l’opposition sur l’organisation des élections au Maroc. Selon la rédaction de l’hebdomadaire, 10 000 numéros ont été saisis et interdits à la vente.

Categories: Burundi