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Archive for March, 1993

Habyarimana accuse l’agresseur ougandais

March 12, 1993 Leave a comment

S’il dit accepter un retrait des troupes françaises, le Président rwandais dénonce le soutien de l’Ouganda aux rebelles du FPR. Et estime qu’il faudra 3 000 Casques bleus pour garantir la paix.

Kigali, envoyé spécial

 
12 mars 1993

 
La trêve avec les rebelles étant, depuis 48 heures, «dans l’ensemble respectée », le président du Rwanda demande le déploiement d’une force internationale neutre dont il évalue les effectifs à environ 3 000 hommes. Hier, dans un entretien à Libération, le général Juvénal Habyarimana a jugé la présence de Casques bleus indispensable, non seulement dans la zone tampon entre les deux forces combattantes, mais aussi le long de la frontière avec l’Ouganda. «Il faut absolument surveiller cette frontière. C ‘est l’Ouganda qui nous agresse», a-t-il expliqué, tout en affirmant son «accordpour ledépart des renfortsfrançais », soit la moitié des quelque 700 soldats actuellement présents, à condition que les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR) «respectent la chronologie et se retirent d’abord sur leurs positions antérieures à l’offensive du 8février dernier». Parfaitement détendu, le général-Président, au pouvoir depuis 1973, a toutefois reconnu qu’il s’agissait «au fond d’un problème entre Rwandais». «Ces Rwandais qui nous attaquent, s’est-il expliqué, sont partis d’ici il y a trente ans. lisse sont enrôlés dans des services étrangers, en Ouganda et dans d’autres pays voisins. Ils ont ainsi porté au pouvoir le président ougandais Museveni, et maintenant, c’est une sorte de récompense que celui-ci leur donne. Même si le FPR est en grande majorité composé de réfugiés rwandais, il ne faut pas oublier qu ‘ils appartiennent toujours à une armée étrangère qui leur fournit tout le matériel, tout l’armement, toute leur logistique. » Et la France? Elle se comporte en «amie de longue date» jouant- «on est ami pour ça » – un « rôle de garantie et d’assurance». Habyarimana a cependant nié que le maintien d’un contingent français, depuis vingt-huit mois, constitue un soutien à son régime ou à sa personne. «Les troupes françaises ne sont pas venues pour moi, ni pour une faction, mais pour le peuple rwandais», a-t-il répondu en éludant une question sur ses relations personnelles, supposées excellentes, avec le chef de l’Etat français. Mais n’est-ce pas un geste amical très personnel que la France finance, sur injonction de l’Elysée et avec des fonds prélevés sur le budget de la coopération, l’équipage français de l’avion présidentiel, un Falçon 50 que Paris lui a offert il y a trois ans ? Un instant décontenancé, le Président rwandais l’a admis, mais en estimant que «c’est un geste amical comme la présence des enseignants et agronomes français qui travaillent sur des projets au Rwanda». Renseignements pris, le coût des trois pilotes français – 2,8 millions de francs par an – cou vrirait l’envoi de cinq ou six coopérants…

Hier matin, rappelé en consultation par son gouvernement au sujet des graves violations des droits de l’homme au Rwanda, l’ambassadeur belge a quitté Kigali pour Bruxelles. Le général Habyarimana affirme néanmoins avoir reçu, avant son départ, «l’assurance» que la coopération belge – très importante dans son ancienne possession coloniale – ne serait pas remise en question. Quant à la commission d’enquête internationale qu’il avait lui-même encouragée à venir, en janvier, le Président n’a pas encore pris connaissance de son volumineux rapport final qui vient d’être rendu public. A s’en tenir au communiqué, il reproche cependant à la commission d’avoir fait «l’amalgame», voire «un peu de show». Doutant de son impartialité, il « regrette que certains de ses membres aient pu sembler arriver au Rwanda avec des conclusions qu ‘ils devaient tirer des enquêtes qui n’étaient pas encore effectuées». Mais surtout, le Président croit qu’ils ont «analysé les effets d’une situation sans aller à la source: la guerre qui nous est imposée par le FPR depuis deux ans». Estimant que cette guerre explique aussi la résurgence du conflit ethnique entre Hutu et Tutsi, avec les «débordements» récents, il conclut: «Vous voulez empêcher l’eau de couler, sans tarir la source. » En définitive, après vingt ans au pouvoir, le général-Président ne demande qu’à aller aux urnes «le plus vite possible » : dans six mois pour des élections communales, et dans neuf mois pour des législatives, en même temps ou suivies d’une présidentielle. «Je ne serai pas froissé si le peuple rwandais ne me confirmait pas dans mes fonctions», affirme-t-il.

Stephen Smith

Categories: Rwanda

Les grands périls de la trêve rwandaise

March 9, 1993 Leave a comment

Malgré le cessez-le feu de dimanche, les forces gouvernementales, soutenues logistiquement par la France, redoutent une offensive des rebelles du FPR appuyés, selon elles, par l’Ouganda.

 
9 mars1993

 
Byumba, envoyé spécial

 
 
En un quart d’heure, depuis la capitale Kigali, l’hélicoptère survole le nord du «pays des 1 000 collines». Grand seulement comme la Bretagne, le Rwanda quintuple sa surface par un relief très vallonné, exploité jusqu’à plus de 2 000 mètres d’altitude, en haut des cimes. C’est là que l’appareil de l’armée rwandaise finit par se poser, au milieu d’abris souterrains et de positions de mortier, à sept kilomètres de la ville de Byumba. Celle-ci, naguère habitée par quelque 50 000 habitants, est aujourd’hui une ville-fantôme, ville-garnison abandonnée par la population civile. Le lieutenant-colonel Gracien Kabiligi et ses hommes tiennent cette poche de résistance en pays rebelle. Depuis un mois, les combattants du Front patriotique rwandais (FPR) ont enfoncé les flancs, sans toutefois réussir à couper la route stratégique vers Kigali, à environ 60 kilomètres au sud-est. « Ils nous ont pratiquement encerclé », constate Gracien  Kabiligi, commandant du secteur depuis neuf mois. Du haut du château d’eau, il montre les positions du FPR, visibles à l’œil nu, parfois à moins de cinq kilomètres. La matinée est exceptionnellement calme, à part deux, trois, détonations sourdes, dans une vallée voisine. «N’est-ce pas de bon augure pour le nouveau cessez-le-feu, à partir de mardi minuit? -Je n’y crois pas une seconde!», réplique le jeune officier rwandais. «Ils ne cherchent qu ‘à nous endormir à nouveau, et puis ils repasseront à l’offensive pour carrément prendre Kigali»… L’homme qui parle ainsi dit avoir «payé cher pour savoir»: depuis que le FPR a rompu le précédent cessez-le-feu, le 8 février dernier, il aperdu 80de ses soldats. «Plus de 200 autres, blessés, ont été évacués sur Kigali. » Le bilan est lourd, pour un mois de combat, sur seulement 25 kilomètres de la ligne de front. Gracien Kabiligi l’explique par « tout ce que, en face, le FPR et l’armée ougandaise ont amassé»: douze bataillons, rien qu’autour de Byumba, des obusiers, des mortiers de tout calibre, des canons 106 millimètres et, depuis peu, des bi-tubes 37 millimètres, montés sur véhicules. L’artillerie, une unité de blindés et au moins quatre bataillons appartiendraient à 1 ‘armée ougandaise, soutient l’officier. Selon lui, sur l’ensemble du front, «25 bataillons à 900 hommes, soit 22 500 soldats, ont envahi le pays». Un instructeur français révise en baisse ce calcul: «Comme le dit Gracien, les bataillons ougandais comptent en effet 900 hommes, mais ceux du FPR seulement entre 400 et 600»… Cependant, pour les instructeurs français comme pour les soldats rwandais, «l’engagement massif de l’Ouganda» ne fait plus l’ombre d’un doute. Aussi trouvent-ils «particulièrement retors» que le FPR exige le départ immédiat des troupes françaises «qui, elles, ne participent pas au combat». C’est peut-être vrai mais en admettant de larges clauses de conscience: des témoins dignes de foi ont, en effet, vu des coopérants militaires français en train d’installer et d’ajuster des pièces d’artillerie en première ligne. Cette «instruction», sur le champ de bataille, est d’ailleurs confirmée, en aparté, par un officier français qui, goguenard, ajoute: «Mais ce sont quand même des soldats rwandais qui tirent»…

Selon l’accord conclu ce week-end, à Dar-es-Salam, entre le gouvernement et le mouvement rebelle, la trêve à partir de cette nuit devra permettre, dès mercredi, de «tracer les lignes du cessez-le-feu» avant le retrait sur leurs positions antérieures des forces du FPR, à partir de dimanche. Puis, le 15 mars, • les deux parties reprendraient en Tanzanie leurs négociations de paix, avec l’intention de conclure dans la première semaine d’avril. «Les délais me paraissent peu réalistes», a commenté hier un officier français, inquiet de connaître les «clauses secrètes» de l’accord. Officiellement celui-ci prévoit «le retrait immédiat des troupes étrangères et leur remplacement par une force internationale neutre sous l’égide de l’Organisation de l’unité africaine et des Nations unies». Ce qui; en attendant les Casques bleus de l’Onu, dans trois semaines au mieux, donnera un sens élastique au départ «immédiat» du contingent français. A moins qu’une «clause confidentielle» de l’accord n’ait concédé au FPR, comme l’indique une bonne source rwandaise, «le retrait progressif des Français dès à présent».

A Byumba, le lieutenant-colonel Kabiligi est sans doute le dernier à le souhaiter. Non seulement parce qu’il réclame plutôt des instructeurs supplémentaires pour apprendre à ses hommes «à tirer au mortier la nuit, comme ceux en face». Mais aussi, parce que l’officier rwandais se méfie comme de la peste du Groupe d’observateurs militaires neutres (Gomn). 17militaires africains déjà sur place qui, à partir de demain, devront garantir le respect de la nouvelle trêve. «Il nous faut des observateurs des Nations unies, des Blancs», dit-il, sans ambages. « Ces Casques bleus doivent se déployer comme force tampon entre nous, mais, surtout, le long de la frontière avec l’Ouganda, pour arrêter le soutien qui vient de l’autre côté. Sinon, ici, il n ‘y aura jamais la paix. »

 

Stephen SMITH

 
Bruxelles a décidé hier de rappeler son ambassadeur à Kigali. Cette initiative intervient alors que quatre associations internationales de droits de l’homme rendaient public un rapport qui fait notamment état de massacres de la minorité tutsi organisés par des escadrons de la mort dirigés par des proches du président rwandais, Juvénal Habyarimana (Lire Libération du 9 février).

 
  
 

Categories: Rwanda

Les réfugiés affluent vers Kigali

March 8, 1993 Leave a comment

Chassés par la guerre civile, près d’un million de personnes campent aux portes de la capitale, tandis que la troupe pille l’aide alimentaire.

  

8 mars 1993

  

Kigali, envoyé spécial

  

  

Encastrée dans une vallée verdoyante, le long de rizières abreuvées d’eau, la route serpente à l’ombre de pins élancés. Des deux côtés, les collines sont couvertes de forêts ou de cultures en terrasse, pour éviter l’érosion du sol. Puis soudain apparais- -sent des monticules pelés, littéralement ratiboisés, nus de toute végétation. En s’approchant, on distingue dans une acre fumée des dizaine de milliers de bâches tendues sur des arceaux de branchage. Plus loin dans cette « vallée du refuge» à quinze kilomètres seulement de Kigali, les derniers venus s’abritent, contre le froid et la pluie, sous de simples feuillages. Au total, depuis la reprise des combats entre l’armée rwandaise et les rebelles du FPR (Front patriotique rwandais) dans le Nord, il y a un mois, les «déplacés» seraient 860000 à s’agglutiner ainsi aux portes de la capitale. « Vous vous imaginez ? 15% de la population! C ‘est comme si, en 1940, sept ou huit millions de Français s’étaient mis à marcher sur Paris», s’exclame Michel Cuingnet, le chef de la mission française de coopération. A Kigali, des agronomes et vétérinaires à l’organisation Volontaires du progrès, tout le monde s’est mobilisé pour apporter de l’aide. Aux côtés de la Croix-Rouge internationale (CICR), du Programme alimentaire mondial (PAM) et des ONG telles que Médecins sans frontières (MSF), les coopérants français interviennent pour distribuer des vivres. En revanche, l’Etat rwandais montre des «défaillances tant dans l’encadrement des camps que dans la garantie de sécurité des transports de vivre ou la sauvegarde des stocks, actuellement objets de pillages». Ce constat, diplomatique au regard de détournements estimés à 75 % de l’aide, est contenu dans une note de protestation qu’ont adressée au chef du gouvernement les bailleurs de fonds.

Qui s’empare des vivres et, souvent, les revend? Pour l’essentiel, l’armée rwandaise. Depuis le début de la guerre, il y a 28 mois, ses effectifs sont passés de 5000 à 35000 soldats, désormais souvent payés en nature: deux bouteilles de bière et une brochette de viande par jour… Autant dire que la troupe, en pleine débandade, vit sur le pays. Les actes de violence, viols et pillages, se multiplient. «5/ les gens fuient quand même sur Kigali, ça en dit long sur les exactions commises par les rebelles », relève, cependant, un officier français pour qui le Front patriotique rwandais (FPR) «est tout sauf une armée de libération». Interrogés dans les’ camps, des réfugiés d’ethnie hutu confirment, en effet, avoir craint de «se faire tuer par les rebelles tutsi» (ethnie qui compose l’essentiel des forces rebelles, ndlr). Mais en ajoutant: «Comme ils l’ont toujours dit à la radio», l’organe de propagande du pouvoir en place-Dans une lettre ouverte adressée à François Mitterrand, l’ensemble des organisations rwandaises pour la défense des droits de l’homme vient de «condamner fermement les massacres de civils par le FPR», à qui est imputée une «grave responsabilité dans le déplacement d’un nombre aussi impressionnant d’hommes voués à la faim, aux intempéries et aux maladies». Mais, tout en «appréciant» sa volonté d’empêcher, par l’envoi de 700 soldats à Kigali, «l’instauration par la force d’un nouveau pouvoir au Rwanda», ces organisations demandent au président français de «comprendre» que le régime en place, et notamment les escadrons de la mort de la présidence, répandent «la mort et la terreur». Pris entre deux feux, le contingent français est désormais dans une position intenable. Selon des témoignages indépendants émanant des milieux humanitaires, des représentants du pouvoir auraient en effet commencé à distribuer fusils et grenades dans les camps de réfugiés aux portes de Kigali. Prétendant ainsi «organiser la défense nationale», ils préparent en fait de futurs massacres, sinon le sac de la capitale. Désormais, il suffirait d’une nouvelle poussée des rebelles pour submerger Kigali de près d’un million de désespérés qu’ils sont en train d’armer… «Dans ces conditions, s’interroge un officier français, comment voulez-vous qu ‘on assure la sécurité dans la capitale? En tirant sur la foule?» Le «dilemme» lui apparaît d’autant plus réel que le FPR l’aurait intégré dans ses calculs, «prêt à utiliser un million de réfugiés comme masse de manœuvre». De fait, ce week-end à Dar-es-Salaam en Tanzanie, le mouvement rebelle a exigé «le départ immédiat des troupes françaises», au moment où Paris vient de saisir le Conseil de sécurité de l’Onu pour obtenir le déploiement des Casques bleus au Rwanda. Dans une capitale livrée à elle-même et, pire, à l’armée rwandaise, après le retrait du contingent français, les rebelles du FPR ne mettraient que quelques jours pour rentrer en force à Kigali.

  

Stephen SMITH

  

• Le gouvernement et la rébellion rwandais se sont mis d ‘accord, hier à Dar Es-Salam, pour observer un cessez-le-feu à partir de mardi minuit et reprendre leurs pourparlers le 15 mars. Le communiqué conjoint prévoit «le retrait immédiat des troupes étrangères et leur remplacement par une force internationale neutre sous t’égide de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et de l’Onu».

  

  

Categories: Rwanda

Paris demande l’envoi d’urgence de Casques bleus au Rwanda

March 4, 1993 Leave a comment

4 mars 1993

  

Le gouvernement français a décidé hier de saisir le Conseil de sécurité des Nations unies pour

obtenir, «d’urgence», l’envoi de Casques bleus au Rwanda. Pris au piège du soutien militaire qu’elle apporte, depuis vingt-huit mors, au régime contesté du général Habyarimana, la France demande le déploiement d’une «force d’observation nombreuse» le long de la frontière avec l’Ouganda. Une façon de désigner ce pays voisin, à l’instar de l’argumentaire propagandiste développé à Kigali, comme le «véritable agresseur» alors que 600soldats français, présents dans la capitale rwandaise, s’enlisent dans un face-à-face incertain, à moins de 30 km de distance, avec les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR). «Je me suis livré à un travail de fourmi pour favoriser une solution politique plutôt que militaire», a expliqué hier le ministre de la Coopération, Marcel Debarge, qui a rendu compte de sa «mission de paix» au Rwanda en Conseil des ministres. A peine vingt-quatre heures après son départ de Kigali, tous les partis politiques rwandais, y compris de l’opposition intérieure, ont formé ce «front commun», face au FPR, que l’émissaire français avait appelé de ses vœux. Avec un communiqué qui, en «louant la bravoure de l’armée rwandaise» et en lui assurant le «soutien total dans l’accomplissement de leur mission de défendre la souveraineté nationale », qui plus est par l’engagement de «toute la population dans la défense civile du pays», se lit plutôt comme une déclaration de guerre.

  

S.Sm. 

Categories: Rwanda

L’opposition rwandaise ignore la voie française

March 3, 1993 Leave a comment

Alors que Paris demande la constitution d’un «front commun», les rebelles rwandais durcissent le ton.
 
3 mars 1993

Face aux rebelles, arrivés aux portes de la capitale Kigali, les partisans du président Habyarimana et les partis d’opposition participant au gouvernement de transition démocratique devraient former un «front commun intérieur». C’est le message insistant que vient de répéter, sur place, le ministre français de la Coopération, Marcel De-barge. De retour du Rwanda, il doit aujourd’hui rendre compte, en Conseil des ministres, de sa «mission de paix» dans ce petit pays d’Afrique de l’Est où la France maintient, depuis vingt-huit mois, un contingent militaire désormais fort de 600 hommes. Fâcheuse coïncidence: l’opposition intérieure rwandaise à qui Paris demande de faire corps avec le régime du général-président Habyarimana, vient de déclarer qu’elle préfère «l’entrée pacifique» des rebelles dans la capitale «au maintien du régime dictatorial»… Au terme de pourparlers, au Burundi voisin, entre les partis d’opposition de l’intérieur et le Front patriotique rwandais (FPR), la rébellion armée, un communiqué commun dénonce non seulement «[apolitique raciste, régionaliste, belliciste et dictatoriale» du régime, mais aussi la présence des troupes françaises. Cette prise de position est intervenue à la veille de la reprise, aujourd’hui, des négociations de paix à Dar-es-Salam, en Tanzanie, entre le gouvernement rwandais et le FPR. Or, le Premier ministre qui conduira la délégation gouvernementale, Dismas Nsengiyaremye, appartient au Mouvement démocratique rwandais (MDR) qui vient de s’insurger contre le « terrorisme organisé» du pouvoir en place. Dès lors, on ne voit guère ce qui pourrait se négocier à Dar-es-Salam . Le soutien au président Habyarimana, au pouvoir depuis 1968, ne fait plus l’unanimité à Paris. Par la voix de son chargé des relations internationales, Gérard Fuchs, le Parti socialiste vient de déclarer que la position de la France «pourrait apparaître comme un appui à un régime dictatorial à bout de souffle»… Dans plusieurs ministères et au sein de l’armée, on exprime de plus en plus ouvertement des craintes d’enlisement militaire. De son côté, jugeant nécessaire une «action urgente». Amnesty International vient de s’inquiéter «de la sécurité de militants des droits de l’homme» au Rwanda menacés de mort par des «membres des services de sécurité et divers fonctionnaires gouvernementaux». Dans son communiqué, Amnesty rappelle le massacre de près de 400 civils, en janvier, et estime à «environ 2 000 personnes, pour la plupart des Tutsi considérés comme sympathisants du FPR, ainsi que des membres Hutu des partis d’opposition», le nombre des victimes du régime en deux ans. Depuis la reprise des hostilités le 8 février, le pouvoir fait état à son -tour de «massacres de civils innocents» perpétrés, selon lui, par le FPR. De sources concordantes, on évalue après d’un million, soit un septième de la population totale, le nombre des réfugiés intérieurs ayant fui les zones de combat.

 
S.Sm.

 

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