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Archive for May, 1994

Le racisme tropical, mode de gouvernement

Dès février 1993, un rapport révélait des massacres organisés par l’ancien régime. Qui n’hésitait pas à théoriser la haine de la minorité « méprisante » des Tutsis, en s’inspirant du passé colonial.

 
28 mai 1994

 
En septembre 1992, le journal rwandais Kangura publiait, en manchette, une longue défense et illustration de la «pureté de la race hutue» en s’attaquant à «une minorité orgueilleuse et sanguinaire qui se meut entre vous pour vous diluer, vous diviser, vous dominer et vous massacrer». Ainsi étaient alors désignés, comme cible d’une «légitime auto-défense», les Tutsis. Or, en retournant le journal, le lecteur découvrait sur toute la dernière page une photo portrait de «François Mitterrand, président de la République française et ami du président Juvénal Habyarimana». Le recto verso était, bien sûr, choquant. Il illustre cependant les deux sources de légitimité de l’ancien régime: d’une part l’idéologie raciste «antihami-tique» – les Hamites sont des pasteurs nomades du Nord de l’Afrique – et, d’autre part, la reconnaissance internationale du «paysan président», l’homme qui menait à bien l’émancipation de la majorité hutue, opprimée pendant longtemps. Rétrospectivement, il apparaît cruellement ironique que le renversement de la monarchie tutsie, entre 1959 et 1961, ait été appelé une «révolution “sociale ” ». Car depuis, tout le monde, à commencer par les acteurs eux-mêmes, est convaincu que l’opposition Hutus-Tutsis relève du conflit «racial». Reste que, dans le cadre de l’aide au développement, la communauté internationale a soutenu la promotion de la «majorité naturelle». Notamment depuis la prise de pouvoir en 1973 du général Habyarimana, un Hutu du nord qui, en fait, traçait une nouvelle ligne de partage, cette fois-ci régionale en évinçant les Hutus «sudistes», appelés à devenir l’opposition «modérée» au régime. Celui-ci a d’abord joui d’une excellente réputation. Le Rwanda, pauvre, grand seulement comme la Bretagne mais constellé de «mille collines», passait pour un beau pays où régnait l’ordre et où une population paysanne, fruste mais travailleuse, arrachait son pain quotidien au sol.

Dans les années quatre-vingts, la France a supplanté au Rwanda la Belgique, l’ancienne puissance coloniale. De plus en plus, Paris est devenu, pour le régime du général président, le vrai parrain. Finalement, dans son tête-à-tête avec Kigali, la France s’est retrouvée seule. Trop tard, elle s’est aperçue que la base du régime s’était rétrécie comme peau de chagrin. Aux prises avec la rébellion armée en même temps que discrédité .sur le plan du respect des droits de l’homme, les proches   de   Juvénal   Habyarimana avaient choisi la fuite en avant: en 1992, ils créent des milices Inter-ahamwe («ceux qui combattent ensemble») et Inpuzamugambi («ceux qui ont le même but»), un an plus tard, Radio Libre Mille Collines. Une armée et un appareil propagandiste parallèles… Tous deux n’obéissent qu’aux ordres du président et de son cercle familial: l’Akasu, la «petite maison» en langue locale.

Lorsque, en février 1993, une commission d’enquête conjointe de quatre organisations humanitaires révèle des massacres «organisés» de Tutsis et d’opposants, le régime rwandais perd définitivement -sauf à Paris- sa respectabilité internationale. Les preuves sont accablantes: c’est à la « synagogue», la résidence privée d’un beau-frère du président, que se sont préparées les descentes musclées sur le terrain. Déjà, le vocabulaire et les références attestent d’ailleurs de l’émergence d’un «nazisme tropical». Acculé, sans soutien, le régime se radicalise en s’inspi-rant du racisme colonial: l’unité des Hutus, «asservis» longtemps, est censée se refaire en serrant les rangs contre les Tutsis, «l’envahisseur féodal» revenu armes à la main.

L’idée qui, à force d’être crue massivement, s’incarnera violemment, n’est pas nouvelle. C’est en effet sur des bases; pseudo-scientifiques que l’historiographie coloniale belge a «expliqué» les différences physiques entre Hutus et Tutsis, postulant -sans preuves- que ces derniers seraient venus, au XVIe siècle, d’Ethiopie ou d’Egypte. En substance: la race supérieure des «pasteurs hamitiques» aurait conquis les collines de l’Afrique des Grands Lacs en soumettant les paysans hutus, dépeints comme mal dégrossis et incultes. Conclusion extrême: c’est en supprimant, en son sein, la minorité méprisante que s’émancipera la «majorité naturelle» au Rwanda.

Là encore, le vocabulaire correspond: si les nazis avaient parlé de «vermine», les idéologues de l’antihamitisme nomment inyenzi -«cafards»- les combattants du FPR. Sur l’antenne de Radio Mille Collines, en langue kinyarwanda, les appels au meurtre collectif se font de plus en plus pressants: «Allez, sortez, il faut me réchauffer!», demande le commentateur, au début sibyllin. Puis, après les incendies et tueries locales, l’incitation à la violence devient à la fois plus explicite et plus générale: «La tombe n’est qu’à moitié pleine. Qui nous aide à la remplir?» Ainsi passe-t-on au projet d’extermination.

 
Stephen SMITH

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Categories: Rwanda

Kigali, les rebelles s’invitent au Palais du Président

Les soldats du FPR ont pris dimanche le camp de la garde présidentielle de Kanombé, près de l’aéroport de Kigali. Et occupent la maison du chef de l’Etat, Habyarimana, dont la mort a précipité le pays dans la guerre. Un symbole.

 
Le ministre de la Coopération, Michel Roussin, a défendu hier la politique française au Rwanda. Il a confirmé, comme Libération l’avait révélé le 18 mai, que le gouvernement français finance le séjour à Paris de la famille du président Habyarimana, évacuée du Rwanda par l’armée française. «Nous avions des relations convenables avec un président légitimement élu, a-t-il déclaré, et nous avons récupéré sa famille qui a demandé notre aide.» Une décision prise par le président de la République.

 
Kigali envoyé spécial

 
28 mai 1994

 
« Christ est le chef de cette maison, hôte invisible présent à chaque repas, auditeur silencieux de toute conversation.» Inscrits en lettres d’or sur un tableau au verre brisé, ces mots invitent à franchir le seuil de la vaste villa, noyée parmi les palmiers et les bananeraies. Devant rentrée du «Palais», comme l’on désignait à Kigali la résidence de l’ex-Président rwandais, le général-major Juvénal Habyarimana, un jeune combattant du Front patriotique rwandais (FPR) tue le temps en lisant Caroline chérie, tandis que les poissons rouges, qui ont miraculeusement survécu à la coupure de leur tuyau d’oxygène, frétillent dans leur aquarium, sous la véranda. Le Palais est tombé aux mains des rebelles dimanche, après quatre jours de combats intenses autour de l’aéroport de Kigali et du camp de la garde présidentielle de Kanombé. L’avion qui transportait les présidents rwandais et burundais ainsi qu’une partie de leurs états-majors s’est écrasé le 6 avril dernier vers 20 h 30, plongeant le Rwanda dans la guerre civile et les massacres sans fin. Tragique ironie du sort, les restes calcinés de l’appareil sont à deux pas, parmi les briques du mur d’enceinte qui a volé en éclat au moment de l’impact: au bout du somptueux jardin présidentiel, à quelques mètres de la villa que l’appareil a failli pulvériser dans sa chute. A travers l’aile droite du Falcon 50, offert par la France, l’impact du missile qui a touché l’avion. A part Iles pages souillées du livret de bord, de “rares papiers ont échappé à la vigilance des enquêteurs, mandatés par le gouvernement intérimaire de Gitarama. Des cartes de visites éparpillées, quelques pages d’un «mémorandum sur la crise politique au Burundi» et une promesse de sponsorisation de la brasserie Mutzig, accordée à Jean-Pierre Habyarimana, le fils du Président et le propriétaire de la plus fameuse discothèque de la ville, le Kigali Night pour un concert du chanteur Koffi Olimide. .Sept semaines après le crash, les rebelles pénétraient dans le grand salon tapis de velours de la famille Habyarimana. Tout dans la villa témoigne de la panique qui a saisi Agathe Habyarimana et ses enfants, évacués d’urgence par les troupes françaises le 9 avril. «Nous pensons que la Présidente a réussi à emporter la plupart des documents importants, dit Patrick Kayiranga, un jeune officier du FPR, qui a découvert les restes de sa famille massacrée par les milices hutues, en entrant à Kigali. Mais nos soldats ont la stricte interdiction de prélever quoi que ce soit ici, à moins que cela ait un intérêt militaire. »

Dans le grand salon qui donne sur l’entrée, sous les lustres somptueux, les vases de cristal et les pièces de porcelaine, tous intacts, côtoient la collection de sagaies du Président et les présents offerts par les dignitaires en visite. Quelques albums de photos jonchent le sol, des cartes de visite, des faire-part du mariage de Jean-Pierre Habyarimana, les bons vœux personnels du pape Jean Paul II pour 1993. Dans le vestibule, à l’entrée de la cuisine jonchée de verre, l’odeur de la mort et des taches de sang témoignent de la résistance désespérée qu’ont menée les derniers gardiens du lieu devant l’avance des rebelles.

Au premier étage, sur sa table de nuit, madame la Présidente a abandonné son  chéquier. Sa salle de bain est emplie d’énormes bouteilles de parfums de marque, tandis que celle de Juvénal Habyarimana est jonchée de cravates et de chaussures. Tout près de son lit, des cartons éventrés contenant des cartouches de chasse de calibre 340 magnum et du gros sel. Sur son bureau et dans les rayons, quelques documents confidentiels, dont un rapport du colonel Sagatwa, son secrétaire particulier tué avec lui dans l’avion. Mais le contenu de ses mallettes, la plupart des dossiers datés d’avant 1990, s’est volatilisé. En bonne place dans la bibliothèque, les œuvres complètes de Victor Hugo côtoient lé Dictionnaire des littératures de langue française, un cadeau personnel de François Mitterrand en 1986. Enfin, sous le toit, un calice, une robe de pourpre à terre: restes de la dernière messe administrée à la famille dans sa chapelle privée. Les rebelles, fidèles à leur tactique, n’ont pas tardé à tirer profit de la prise de Kanombé, le camp militaire qui jouxte le Palais, censé assurer la protection de l’aéroport et du Président. Dans un hangar tout proche, épargné par les obus de mortier dont les éclats ont déchiré la plupart des baraques, les armuriers du FPR s’affairent à huiler et remettre en état une douzaine de canons de DCA, abandonnés par les soldats gouvernementaux. Les munitions ne sont pas un problème, trois arsenaux pleins à craquer de cartouches et d’obus ont leurs portes grandes ouvertes. «La plupart de ces armes sont ‘déjà en position en ville, affirme Patrick Kayiranga, et retournés contre l’armée. Nous sommes tout proches de l’encerclement définitif. Lorsque nous aurons repris nos forces, l’affaire sera vite réglée. Kigali sera à nous. »

 
Jean-Philippe CEPPI

Categories: Rwanda

L’Afrique victime du modèle ethnique

PAR BERNARD NANTET*
 
24 mai 1994
 
Non, au Rwanda, il n’y a pas une ethnie majoritaire, les Hutu, qui massacre une ethnie minoritaire, les Tutsi, en vertu de haines ancestrales. Comme en Somalie, un clan au pouvoir refuse la démocratie et s’appuie sur un modèle ethnique élaboré au début du siècle par des historiens et des anthropologues.

 
Pour l’Europe, les conflits qui déchirent l’Afrique sont à mettre au compte des antagonismes séculaires entre ses populations. Les causes du mal, prestement nommées et évacuées, font bon ménage avec la vision exaltante d’un continent, paradis des lieux communs, où « le primitif affleure l’âme des choses », Au Rwanda, ce sont des conflits interethniques, dit-on, où les petits, les Hutu, massacrent les grands, les Tutsi? (Que dire alors de l’imposante stature du président rwandais (hutu) assassiné Habyarimana?). Non, au Rwanda, il n’y a pas une ethnie majoritaire, les Hutu, qui massacrent une ethnie minoritaire, les Tutsi, en vertu de haines ancestrales. Comme en Somalie, au Togo, au Zaïre et ailleurs, il s’agit du refus de la démocratisation par un clan au pouvoir. Et ce conflit d’ordre politique s’appuie sur un modèle ethnique élaboré au début du siècle par des historiens et des anthropologues et appliqué par des générations d’administrateurs. Entre la «sauvagerie» chère à Conrad et l’Afrique idéalisée des ethnologues des années 30, le Rwanda est devenu l’archétype d’une vision ethnique de l’Afrique. Les structures sociales fortement hiérarchisées entre pasteurs, agriculteurs, artisans et chasseurs, jointes aux différences de types physiques, enchantèrent les premiers1 voyageurs qui tenaient enfin ces races illustrant les évocations élitistes de Gobineau, vieilles de quelques décennies seulement. A l’époque, on ne parlait pas encore d’ethnies, mais de royaumes et d’entités politiques, de leurs chefs et des régions qu’ils administraient. Les populations qui les composaient étaient structurées en clans et en castes, celles-ci accomplissant des tâches bien définies, complémentaires, avec des droits réciproques et une répartition des pouvoirs : le chef de l’herbe (les pasteurs), le chef de terre (les agriculteurs), le chef des armées, des tambours, les forgerons, les devins, etc. Ce monde n’était pas idyllique, loin de là, et les tensions sociales étaient fortes entre les castes, de même que les luttes politiques opposant les clans.

 
Avec l’affaiblissement des pouvoirs traditionnels, les Européens, qui avaient besoin de classifier les populations pour les administrer, prirent l’habitude de les nommer par les noms des ensembles auxquels elles avaient appartenu, par celui de leur clan ou de leur groupe social. Le concept d’ethnie, en gestation depuis le début du siècle, fut d’un grand secours, mais «ne “suffisait” pas à donner des résultats satisfaisants», comme le notait en 1912 Maurice De-lafosse, administrateur français dans le Haut-Sénégal-Niger. Néanmoins, on vit surgir des ethnies d’agriculteurs, de pasteurs, de forgerons, qui souvent vivaient ensemble, parlaient la même langue mais avaient des activités différentes. Pour le Rwanda et le Burundi, l’occasion était trop belle. On fit des pasteurs tutsi au physique élancé, des descendants des hamites, un peuple mythique d’origine sémite et de haute taille qui se serait «négrifié» en abordant le continent africain. En réalité, comme pour les Indo-Européens, on avait transformé un groupe linguistique en une ethnie différenciée et supérieure, faite pour dominer (curieusement, cela ne gênait personne que les Tutsi utilisent la même langue bantoue que leurs compatriotes). La légende remplit tout le monde d’admiration et le Rwanda fut cependant longtemps un modèle ethnographique: les structures sociales rappelaient celles des temps mérovingiens gouvernés par des «rois thaumaturges», sinon des «rois mages». Occupant le sommet de la pyramide sociale, ils furent choyés par le colonisateur jusqu’au jour où, les démons de l’indépendance pointant leur nez, on leur préféra l’autre «ethnie» moins revendicatrice, les Hutu.

En Afrique du Sud, la classificatiqn ethnique favorisa la mise en place de l’apartheid, ou «développement séparé». Devenu un conglomérat de tribus et de langues multiples, le continent fut considéré comme une terre d’anarchie et sans histoire, peuplée d’ethnies ne cherchant qu’à se fragmenter, mais dont on admirait néanmoins V« art primitif». On ignorait volontiers ses tentatives d’intégration sans cesse renouvelées, malgré les interventions extérieures (arabes depuis le Xe siècle, européennes à partir du XVIe). Au début du XIXe siècle, l’entreprise d’un jeune Chaka, qui forma un nouveau peuple, les Zoulou en abolissant les clans, se voit renouvelée par l’action de Mandela visant à faire de l’Afrique du Sud un Etat moderne en supprimant les classifications ethniques.

L’Afrique ne cesse de se débattre avec cette grille qui a fragmenté ses peuples en mille langues et mille tribus opposées par leurs différences. Après l’indépendance, ce modèle a été enfourché par les régimes autoritaires qui ont repris à leur compte le «diviser pour régner» de leurs prédécesseurs et remis aux calendes la démocratisation. L’apartheid en fut une parfaite application, les massacres du Rwanda, en sont un atroce balbutiement.

Ce modèle colonial porteur des relents d’un développement séparé nouvelle manière, l’Europe l’a tellement bien intégré à ses mentalités qu’elle l’applique, comme allant de soi, à ces Balkans si proches dont la division emblématique sert encore à caractériser la «fascinante mosaïque ethnique africaine».

* Journaliste africaniste, auteur des Mots clefs de l’Afrique. Bordas, 1991.

Categories: Rwanda

KOUCHNER ET LES IMAGES

May 20, 1994 1 comment

APRES-COUP

ARNAUD VIVIANT

20 mai 1994

  

Tu sais ce qu’on dit dans les rédactions… Si on n’a pas d’images, les opinions publiques ne bougent pas. Donc les politiques s’en foutent. Et l’ONU machine. Tu me diras, on a bien ces séquences prises à la frontière du Rwanda, avec les colonnes de réfugiés et les enfants derrière des barbelés. Puis ce pauvre gars qui agonise dans l’herbe avec, au son, ces espèces de barrissements de rhinocéros (si ce sont ses cris, bonjour la mort…) et de l’autre côté, comme en stéréo, des chants d’oiseaux. Mais est-ce que ça va leur suffire, aux opinions publiques, dans le style bucolo-morbide? Surtout quand ça se déroule au Rwanda. Non, moi je te le dis, d’un simple point de vue arithmétique, on n’est pas crédible avec notre agonisant dans l’herbe, qui n’est même pas tout à fait mort, qui respire encore un tout petit peu – bruyamment, je te l’accorde.’ Mais dans le genre génocide, ça fait un peu court, non? Surtout qu’on parle maintenant de 500 000 morts dans un pays de 7 millions d’habitants. T’imagines…

Heureusement, avant-hier sur TF1, Bernard Kouchner est venu à la rescousse. Pas d’image? Eh bien, j’aime mieux te dire „ qu’une fois qu’il a parlé, Kouchner, t’en voulais plus, d’images. Non merci. Servi. Comme au poker. Ouh, la vache! Il n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Il a commencé doucement, en pariant juste de «milliers d’Anne Franck dans les caves et dans les toits», de «miliciens avec dans une main une machette et dans l’autre une grenade». Bon, jusqu’ici, ça allait. C’est après que ça c’est gâté. «On marche sur les cadavres d’enfants», qu’il a dit. «Dans l’herbe, on trouve des têtes d’enfants décapités qui ont 6 ans, 8 ans, 2 ans. On raccourcit les enfants à la machette. Pourquoi? Parce qu’on en a tellement tué qu’on en a peut-être – ô dernier symptôme d’humanité – un peu de remords. Et l’on se dit qu’il faut que l’enfant meurt aussi pour qu’il ne puisse pas venir vous le reprocher ou reprendre la maison que l’on a pillée.» Tu veux que je te dise… Si ce que raconte Kouchner est vrai, c’est peut-être pas la peine que les rédactions s’énervent. On va peut-être se passer d’images. Parce que le crâne de petit Rwandais dans l’herbe sur le coup de 20h, m’est avis que ça va marcher très moyen dans .l’opinion publique. Je vais même aller plus loin. Finalement, tu sais, notre type qui clabote dans le gazon, il n’est pas si mal…

Categories: Rwanda

RECRUDESCENCE DES COMBATS DANS LA CAPITALE RWANDAISE

Au moins trente patients ont été tués et de nombreux autres blessés dans le bombardement de l’hôpital de Kigali. Le QG de l’ONU et l’aéroport ont également été bombardés. Bernard Kouchner, de retour du Rwanda, a annoncé qu’il avait reçu le feu vert de toutes les autorités pour y ouvrir un corridor humanitaire.

 
 
20 mai 1994

 
La recrudescence des combats qui ont secoué hier la capitale rwandaise sont venus corroborer les propos tenus la veille par le secrétaire général du Front patriotique   rwandais  (FPR), qui avait déclaré vouloir «en finir» avec le « régime dictatorial» rwandais. Au cours de ces combats, au moins 30 patients ont été tués et de nombreux autres blessés lorsque plusieurs obus sont tombés sur le centre hospitalier de Kigali, situé dans le centre de la capitale, non loin de Camp Kigali, une caserne des forces gouvernementales rwandaises. Les auteurs des tirs n’ont pas été clairement identifiés mais  le Comité  international  de  la Croix-Rouge avait alerté la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (Minuar) après le bombardement de l’hôpital, pour qu’elle informe le FPR «de ce drame afin que de nouvelles erreurs de tirs soient évitées». Douze obus sont également tombés hier sur le QG de l’ONU, installé dans l’hôtel Amahoro, dans la partie est de la capitale, tenue par le FPR. Selon le porte-parole de la Minuar, le bombardement n’a pas fait de blessés. «Nous avons alerté les forces gouvernementales pour leur dire que nous étions sous les tirs », a expliqué le porte-parole de la Minuar. Les tirs se sont ensuite arrêtés.

Par ailleurs, un médecin suisse du CICR a été blessé par un éclat d’obus alors qu’il circulait dans un convoi d’aide humanitaire dans la région de Gitarama, à 40 km au sud-ouest de Kigali où s’est retranché le gouvernement rwandais. Le FPR, qui a affirmé avoir pris le contrôle d’une portion de cette route, est «fortement soupçonné» par le CICR d’être l’auteur des tirs.

De violents combats ont également éclaté dans la nuit de mercredi à jeudi autour de l’aéroport de Kigali, empêchant un avion do l’ONU d’atterrir. Des tirs aux armes lourdes et légères ont repris dans différents secteurs de la capitale, qui était restée relativement calme depuis mardi. Les Nations unies avaient repris mercredi des négociations avec les belligérants pour obtenir d’eux qu’ils respectent la neutralité de l’aéroport, nécessaire à l’acheminement de l’aide humanitaire. Mais un’ porte-parole du FPR a indiqué que l’aéroport, près duquel se trouve le Camp Kanombé des  forces gouvernementales, restait pour lui une cible militaire. De retour du Rwanda, Bernard Kouchner a déclaré dans une interview publiée hier dans le Monde, que «ce sont les miliciens qui commandent» sur place. L’ancien ministre français de la Santé et de l’Action humanitaire a expliqué qu’il avait reçu, au cours d’une réunion, le feu vert de toutes les autorités pour évacuer des orphelins et ouvrir un corridor humanitaire. «Après trois heures de réunion, explique-t-il, les officiers de l’ONU se sont levés en demandant: “plus de questions ?”. Alors des miliciens en T-shirt et en jean (…) ont levé la main et posé trente-cinq conditions, toutes inacceptables. Et pas un militaire n’a parlé.» Bernard Kouchner estime que, pour imposer un corridor humanitaire, «tout dépendra de la rapidité avec laquelle viendront 1000 à 1 500 Casques bleus et observateurs et un nombre suffisant de blindés qui pourront parcourir Kigali et garantir la sécurité».

Estimant scandaleux «qu’on se contente d’aller chercher nos compatriotes sans imposer par les armes le couvre-feu», Kouchner a souhaité la création d’une «agence centrale de coopération au ministère des Affaires étrangères à la place du ministère de la Coopération». 

A.F. avec AFP

 

Des tueurs hutus réfugiés en Tanzanie

Soupçonnés d’avoir organisé les massacres de Tutsis au Rwanda, onze bourgmestres, membres du parti présidentiel, ont été placés en garde à vue.

 
Ngara, de notre envoyé spécial

 
L’homme a le visage couvert de cicatrices: «Simples séquelles d’un accident de voiture», affirme-t-il. Pieds nus, un maigre survêtement sur les épaules pour se protéger du froid et de la pluie, ses bras portent des marques de corde-toutes fraîches. Jean-Baptiste Gatete, «bourgmestre» de la ville rwandaise de Murambi de 1982 à juin 1993, vient de passer deux semaines pieds et poings liés au cachot de la prison tanzanienne de Ngara, à proximité du grand camp de réfugiés rwandais. En liberté surveillée, il campe à côté de la prison, entouré de «quelques amis» à la mine patibulaire, dépouillés de leurs vêtements. Certains sont des membres de la garde présidentielle, qui ont arraché leurs uniformes pour ne pas être reconnus. «Quand Gatete a franchi le pont qui traverse la frontière entre la Tanzanie et le Rwanda», raconte Jumbe Sulei-man, commandant de la police tanzanienne pour la région, les gens ont commencé à crier: «C’est Gatete, c’est un assassin, arrêtez-le! Si nous n’étions pas intervenus, il aurait été exécuté.» Avec Gatete, onze bourgmestres ont été désignés par la foule, pourtant à majorité hutue, comme eux, et arrêtés par la police «pour leur propre sécurité».

Un enfant tutsi, rescapé d’un massacre à Rukara, est soigné dans l’hôpital de Gahini, à 40 km à l’est de Kigali.

Le nom de Jean-Baptiste Gatete circulait déjà depuis plusieurs mois à travers tout le Rwanda. Membre du parti de l’ex-Président Habyarimana, directeur de cabinet depuis juin 1993 au ministère de la Famille, Gatete serait à l’origine des exactions massives commises dans le périmètre de sa commune de Murambi, avant et après la mort du Président. C’est lui qui aurait armé les populations civiles hutues, organisé l’entraînement   des   milices,   appelé   au.

meurtre des civils tutsis et des opposants politiques. « Tout le monde à Murambi connaît Gatete et sait qu ‘il a les mains couvertes de sang, affirme Dieudonné Ntigurirwa, un Hutu qui s’est en fui en même temps que l’ex-maire. C’est un criminel de guerre qui devrait être jugé.» Rencontrée à l’hôpital de Ngara, où on soigne ses blessures, Théopiste, une jeune fille hutue, était la voisine de l’ex-bourgmestre: «Le lendemain de la mort du Président, le 7 avril, Gatete est rentré de Kigali, à samaison de Murambi. Il a empoigné son fusil, mis des grenades à sa ceinture et il a pris la tête des milices hutues qui sont parties en chasse dans la ville. »

Gaston, un infirmier tutsi de MSF-Hollande, connaît bien Gatete: «J’ai travaillé pour la Croix-Rouge à Murambi avant de m’enfuir à Kibungo, plus au sud. Je me suis réfugié à l’évêché, en compagnie de 2500 Tutsis. Le 15 avril, l’armée rwandaise et les milices sont entrées dans l’église, elles ont ordonné aux Hutus de  sortir.  Par chance, j’ai une fausse carte d’identité

hutue. Ils ont ensuite tiré dans la foule et jeté des grenades. A leur tête, j’ai reconnu   Jean-Baptiste   Gatete,   armé jusqu’aux dents. » Le jeune infirmier de MSF a retrouvé l’ex-maire et son brigadier de police Sans les rues de Ngara.

Le bourgmestre de Murambi n’est pas le seul à s’être échappé. Ceux de Ru-sumo, de Muhura, de Kibungo, toutes ces villes fameuses pour les exactions qui y ont été commises, ont trouvé refuge ici, au camp de Benako. «J’étais en compagnie d’un groupe de journalistes quand j’ai croisé Jean de Dieu Mwange, le dernier bourgmestre de Murambi et adjoint de Gatete, raconte Dieudonné Ntigurirwa. Il m’a fait jurer de ne rien dire sur les massacres. » Sous l’autorité de Mwange, se trouvaient également les localités de Gahini, Kiziguro, où près de 800 personnes ont été tuées à la machette, comme l’attestent les témoignages recueillis par des journalistes. Les intéressés, bien sûr, nient en bloc. «Il est vrai que l’on m’a dit qu’une trentaine de gendarmes ont massacré des gens à Kiziguro, se défend Jean-Baptiste Gatete. Mais moi-même, je n’ai jamais tué personne. Les gens qui nous ont désignés comme tueurs sont des éléments infiltrés, qui font de la propagande politique. Si j’étais un assassin, je ne serais jamais entré dans un ministère. »

Le vice-bourgmestre de Muhura; François Ndayishimi, n’a, lui, pas été inquiété. Il est devenu l’interlocuteur naturel des réfugiés de Benako, en compagnie d’une poignée d’autres bourgmestres, auprès des organisations humanitaires et des autorités tanzaniennes: «Ces accusations sont mensongères. Quant aux massacres, ce sont des réactions normales de vengeance de la population à la mort du Président. On dit que des femmes et des enfants ont été tués ? Mais ce sont des réactions proportionnelles à ce qu ‘a fait les militaires du Front populaire. »

Parmi les autorités en charge du camp de Benako, pourtant, personne n’est dupe. Ainsi, le Haut-Commissariat aux réfugiés dispose d’un officier de sécurité chargé de remonter la trace de toutes les rumeurs. « Nous savons qu ‘il y a des assassins parmi les réfugiés, que des miliciens se sont échappés, que des soldats ont retiré leur uniforme, confirme Jacques Franquin, porte-parole du HCR. Mais ce n’est pas à nous d’entamer des enquêtes de police et des poursuites judiciaires. Il faudrait un tribunal du type de celui mis en place pour poursuivre les Serbes de Bosnie. Mais qui tient vraiment à ce que cela se fasse au Rwanda?»

Quant aux Tanzaniens, ils sont en train de chercher un camp discret, un peu à l’écart, pour y replacer les bourgmestres: «Bien que les accusations portées contre eux soient probablement fondées, que pouvons-nous faire ?, se plaint le commandant Suleiman. Ils n’ont commis aucune infraction sur le sol tanzanien et ne tombent pas sous notre juridiction. »

Jean-Philippe CEPPI

Categories: Rwanda

Les sanglantes représailles de la guérilla rwandaise

Les rebelles tutsis du FPR auraient commencé à se livrer à des exactions sur les civils pour se venger des massacres commis par les forces gouvernementales.

Le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a déclaré hier que la France préconisait un sommet des chefs d’Etat de la région (Tanzanie. Zaïre, Ouganda) «afin défaire cesser les hostilités». «Les troupes gouvernementales nvandaises se sont livrées à une élimination systématique de la population tutsi, ce qui a provoqué ensuite la généralisation des massacres», a souligné le ministre en précisant que la France avait «demandé qu ‘une enquête internationale (…) soit diligentée dans les plus brefs délais pour établir les faits et punir les coupables ». La Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) a souligné hier qu’en l’absence d’une juridiction pénale internationale permanente, il fallait que l’ONU crée «de toute urgence une cour pénale internationale pour juger les auteurs des violations massives des droits de l’homme».

 

19 mai 1994


 

Ngara, (frontière rwandaise), envoyé spécial

 
L’hôpital de Ngara. une petite ville tanzanienne à deux pas de la frontière rwandaise. est le réceptacle de toutes les misères des réfugiés rwandais. dont le flux s’est accru depuis trois jours. Quasiment devant la porte de la clinique, sous les fenêtres du bureau provisoire du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), file un sentier boueux, point de passage clandestin qui permet aux déplacés de fuir jour et-nuit les combats qui se sont intensifiés dans le sud-est du Rwanda. Déjà surpeuplé. L’hôpital de Ngara héberge une quarantaine de blessés rwandais. pour la plupart victimes de projectiles, balles de fusil d’assaut, shrapnels et éclats de grenade. Quelques-uns portent les traces de coups de machette et de couteau. Leurs témoignages accusent les rebelles du Front patriotique rwandais.

Contrairement à ce qu’ils ont toujours promis, les soldats du FPR auraient eux aussi commencé à se livrer à des exactions contre les populations civiles qui n’ont pas réussi à fuir les combats. C’est en tout cas ce que racontent à leur arrivée la plupart des 300000 réfugiés du camp de Benako. cette immense concentration installée depuis deux semaines. Au fur et à mesure que la guérilla enlève du terrain aux troupes gouvernementales, elle se vengerait des massacres’ commis ces dernières semaines, essentiellement contre la communauté tutsi et l’opposition politique par les miliciens hutus du parti présidentiel, les soldats des Forces armées rwandaises (FAR) et les gendarmes.

Ainsi. Pierre Kimoyono. un Hutu de Kayonza. le bras en charpie, affirme avoir vu les soldats du FPR rassembler des gens sur la place du marché et les avoir exécutés au fusil et à la hache. Touchée à la jambe par une balle. Thérèse Kamprike. de Rusomo. dont un fils a été tué. dit que le FPR «a fouillé chaque maison, abattu tout le monde, y compris les nouveau-nés, puis caché les cadavres». Selon le mari de Thérèse, les rebelles n’auraient même pas pris la peine de réclamer les cartes d’identité (où est mentionnée l’ethnie) et auraient exécuté indistinctement les gens qui leur passaient sous la~ main: Une autre femme, de Kibungo. a tenté de courir le long de la route, avec son bébé, lorsqu’un camion rempli de rebelles a fait feu. déchiquetant le bras de son enfant. Comment sait-elle qu’il s’agissait des rebelles? «Grâce à leur uniforme, répond cette femme, et parce que personne ne les avait encore jamais vus chez nous. » Au camp de Benako. rares sont d’ailleurs les médecins et les représentants du HCR à douter encore de la véracité de ces témoignages, Ainsi, pour Anne Vincent, coordinatrice médicale de Médecins sans frontières et des opérations sur place, l’augmentation soudaine du flux des réfugiés, qui étaient plus de 3000 à franchir la rivière Akagera samedi et dimanche, et leur état de santé indiquent que «les choses doivent se passer assez mal de l’autre côté de la frontière tenue par le « FPR». Les rebelles ont d’ailleurs bouclé le point de passage principal, obligeant les déplacés à s” infiltrer clandestinement à travers leurs lignes et à traverser la rivière à la nage ou en pirogue, grâce à des passeurs qui s’enrichissent rapidement. Les réticences du FPR à conduire les journalistes et les organisations humanitaires dans certaines zones qu’il tient accréditent l’idée que la guérilla a quelque chose à cacher et qu’elle a fermé les frontières pour mieux régler ses comptes. Mardi, le HCR est d’ailleurs venu confirmer les accusations par la voix d’un de ses représentants qui rentrait d’une mission d’exploration le long de la frontière. Devant ses yeux, des réfugiés qui tentaient de franchir la rivière Akagera ont été fusillés par les rebelles. Se basant sur les témoignages de réfugiés, le HCR. sortant de la réserve affichée jusqu’ici, fait état de «tirs délibérés sur les réfugiés, de villageois rassemblés dans des écoles et mis en pièces à la machette, et de gens jetés vivants, pieds et poings liés, dans l’Akagera».

Le FPR a rejeté en bloc ces accusations. Mais s’il semble difficilement contestable que les rebelles se livrent à leur tour à des exécutions sommaires, reste à vérifier si le FPR massacre indistinctement les populations civiles. ou s’il s’évertue, au prix de grosses bavures, à liquider les auteurs présumés des exactions commises contre l’autre camp, comme l’ont laissé entendre certains de ces officiers.

Jean-Philippe CEPPI

 
• L’intersyndicale CFDT, CGT, FO du ministère de la Coopération tient à préciser que les personnes dont les noms figurent sur les documents publiés hier en fac-similé par Libération ne sont que des agents du ministère qui n’ont fait qu’exécuter des instructions. Ils ne sont en rien responsables de la décision, prise par le ministère, d’accueillir la famille du défunt président rwandais Juvénal Habyarimana.
 
 

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L’évaluation difficile d’un massacre

Le chaos rend les estimations impossibles, mais les observateurs parlent de centaines de milliers de morts. Près de 2 millions de personnes auraient été déplacées.

 
Les déclarations sur le nombre de victimes au Rwanda sont chaque jour plus inflationnistes et contradictoires. On a parlé de 100 000, puis de 200 000etencorede500 000 décès. Ce dernier chiffre aurait été annoncé, sous couvert d’anonymat, par un membre de la  Mission des  Nations-Unies  au Rwanda (Minuar). En fait, selon les organisations humanitaires, il est quasiment impossible de chiffrer précisément le nombre de victimes. Le Comité international de la Croix-Rouge évalue aujourd’hui le nombre de morts à plus de 200000. Mais, précise le CICR, ce n’est qu’une estimation fondée sur les rapports des hôpitaux et les observations de ses représentants, car on ne peut enquêter sur l’intégralité du territoire. En effet, indique Brigitte Maitre (responsable de la mission Médecins du monde au Rwanda), si on arrive à peu près à savoir ce qui se passe dans la zone contrôlée par le FPR et sur la ligne de front, on obtient très peu d’informations sur là zone ouest, contrôlée par les Forces armées rwandaises. Selon Médecins sans frontières, le chiffre de 200 000 «semble correspondre à l’étendue du  massacre». Car cette «guerre» fait davantage de morts que de blessés.

 
Divers paramètres sont utilisés pour estimer le nombre de morts: la proportion de Tutsis ( 15 %) sur la population totale (7,5 millions), l’observation des rivières (la rivière Akagera, qui emporte quotidiennement environ 1 500 cadavres, se jette dans le lac Victoria, en Tanzanie, où s’entassent 25 000 cadavres), ou en confrontant le chiffre de la population de villages avant et après le début des massacres. Une comparaison qui ne prend pas en compte la population en fuite. Pourtant, les Nations-Unies (qui ne diffusent aucun bilan des victimes) ont estimé à 250000 le nombre des personnes déplacées dans le Nord, 65 000 dans l’Est, 1 200 000 dans le Sud et le Sud-Ouest. 300 000 se seraient réfugiées dans les pays voisins.

 
Valérie LÉVÈQUE

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