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MSF: «Une gesticulation tardive de l’ONU»

Un membre de Médecins sans frontières de retour du Rwanda dénonce la politique de la France et des Nations-Unies. Et prévoit une famine à très court terme.

  

Médecins sans frontières a adressé hier une lettre ouverte au président de la République. François Mitterrand, dans laquelle l’organisation humanitaire regrette les «propos trop diplomatiques» du chef de l’Etat lors de sa «récente apparition télévisée» sur le drame du Rwanda. Le Président avait alors déclaré que les soldats français ne pouvaient «devenir les arbitres des passions qui déchirent tant de pays». Le docteur Jean-Hervé Bradol. responsable du programme Rwanda mis en place par MSF depuis 1989. rentré de Kigali.

  

LIBERATION. Pourquoi MSF, qui s’est limité jusqu’à présent à informer du drame rwandais en termes humanitaires, dénonce-t-il maintenant la responsabilité de la France dans les massacres en cours?

JEAN-HERVÉ BRADOL. Il est confortable de décrire les Rwandais comme des barbares et difficile de reconnaître la nature politique d’un conflit auquel on a pris une part plus qu’active. Les responsables des massacres en cours dans les zones toujours contrôlées par l’armée gouvernementale rwandaise sont les alliés de la France, entraînés, armés, financés par elle. On a peine à croire, dans ces conditions, que Paris ne dispose d’aucun moyen de pression pour faire cesser les massacres. Monsieur Roussin. ministre de la Coopération, espère redorer le blason de la France au Rwanda à travers les organisations non gouvernementales françaises présentes sur le terrain. En dépit de ses demandes insistantes, les ONG sont plus que réticentes à participer à cette farce. La nature politique du conflit est évidente alors que les observateurs occidentaux se limitent, le plus souvent, à regarder les événements au Rwanda à travers le prisme des guerres interethniques ou tribales. C’est le dernier affront fait aux victimes.

LIBERATION. La résolution adoptée lundi soir par le Conseil de sécurité des Nations-Unies et l’arrivée des Casques bleus devraient toutefois faciliter votre travail sur le terrain.

J.-H. B. J’ai vu au Rwanda. depuis plusieurs mois 2 500 hommes de Î’ONU qui avaient l’opportunité de prendre leurs responsabilités au moment des massacres et ils n’ont fait , qu’y assister sans bouger. Maintenant l’ONU essaie de faire croire qu’elle va avoir une politique cohérente. Après 200 000 morts, cela relève de la gesticulation tardive^ Les souffrances de la population rwandaise ne sont pas terminées. L’arrêt des massacres. la protection des civils, l’organisation des secours aux blessés, la prise en charge des populations déplacées par le conflit sont des enjeux d’une extrême urgence, malgré le manque d’intérêt de la communauté internationale.

Le désert politique et diplomatique – identique à celui de Mogadiscio. en Somalie, en 1991-1992 – qui s’installe actuellement à Kigali, l’incurie des Casques bleus assistant passivement aux massacres des civils augurent mal de l’avenir.

Nul besoin d’être grand clerc pour prévoir l’avènement à très court terme de famines dans ce petit pays en proie à une insécurité alimentaire permanente et aujourd’hui complètement ravagé par les affrontements : 400 000 déplacés rwandais dépendaient déjà totalement de l’aide humanitaire avant les derniers événements.

Recueilli par A. F.

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