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Le voyage feutré de Balladur l’«Africain»

Confirmant qu’il se rendrait dimanche au Rwanda, le Premier ministre a salué, hier au Sénégal, la démocratie «exemplaire et vivante». Dakar, envoyé spécial

  

  

29 juillet 1994

  

Sous la pression d’un déplacement au Rwanda désormais officiellement annoncé pour dimanche, Edouard Balladur exécute son voyage initiatique dans «notre Afrique traditionnelle» sans grande émotion. Hier, devant l’Assemblée nationale sénégalaise, «l’une des plus anciennes institutions parlementaires d’Afrique», le Premier ministre français ‘a guère fait le forcing en matière de démocratisation. «Les voies vers la démocratie sont multiples, elles sont longues à parcourir», a-t-il expliqué aux députés dont plusieurs, de l’opposition, sortent tout juste de prison. «Je me garderai donc soigneusement de prodiguer conseils ou, moins encore, des leçons», a ajouté Edouard Balladur, plus prompt à distribuer des compliments. Le Sénégal, «résolument engagé sur le chemin de l’Etat de droit», a ainsi été qualifié de «démocratie exemplaire et vivante». Pendant près d’une heure, le Premier ministre ne s’est guère écarté d’un discours sans relief, lu d’une voix monotone. Sauf pour se féliciter de la «nouvelle fraternité d’armes» entre soldats français et sénégalais, au Rwanda précisément. Il a annoncé qu’il s’y rendrait pour quelques heures, dimanche, dans le double but de «visiter nos forces armées qui font un difficile travail admirablement» et, concernant la masse des réfugiés agglutinés autour de Goma (Zaïre), de «cerner encore mieux leurs besoins». Interrogé, en petit comité, sur l’aide américaine qui commence à arriver massivement, Edouard Balladur a laissé tomber, du bout des lèvres, qu’il la trouvait «voyante». Dimanche, donc, il rehaussera par sa présence «l’effort, longtemps solitaire, de la France»…

Hier, venu «parler en ami» aux élus, du Sénégal, Edouard Balladur a «réaffirmé de façon solennelle l’engagement de la France à l’égard du continent africain». Cependant, désormais dépouillé de tout intérêt de puissance, cet engagement n’est plus qu’un « devoir moral». La démocratie? «A chaque pays de trouver sa propre formule.» L’intégration régionale? «L’Afrique est une», francophone ou anglophone, elle doit «décloisonner les courants d’échange». La sécurité? L’Organisation de l’unité africaine (OUA) doit se «transformer en un véritable mécanisme de sécurité collective». Et l’aide? Il faut que «l’Union européenne ait une véritable politique africaine». En quelques formules, avec de courtois mouvements de dégagement, Edouard Balladur a mis fin au tête-à-tête franco-africain.

Le Premier ministre s’en défend. Sensible au reproche de manquer de chaleur humaine, il invoque des «amitiés africaines» dont il ne ferait « simplement pas étalage, question de style». Et il martelle, tout en relevant lui-même qu’il s’agit d’une aide exceptionnelle après la dévaluation, appelée à prendre fin: «Aucun gouvernement en France, depuis trente ans, n’a fait autant en matière d’aide à l’Afrique que le mien. »

S.Sm.

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