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Des magistrats rwandais victimes de la terreur de l’armée

28 novembre 1994

 
Pour la première fois, les exactions et les arrestations arbitraires commises par l’armée rwandaise sous contrôle du FPR sont ouvertement dénoncées par l’un des partis de la coalition au pouvoir à Kigali.

Dans un rapport adressé en novembre aux membres du gouvernement, aux partis politiques et aux diplomates, le Mouvement démocratique républicain (MDR) parti du Premier ministre Faustin Twagiramungu, reproche non seulement au FPR (mouvement de rébellion tutsi, aujourd’hui au pouvoir) de violer les accords d’Arusha signés en août 1983, mais d’être également responsable de l’insécurité qui règne dans le pays. Selon le MDR, ton assiste encore à des arrestations injustifiées, des exécutions sommaires, aux enlèvements et disparitions des personnes qui tentent de s’installer dans leurs biens, commis dans la plupart des cas par ceux qui veulent s’approprier illégalement les biens des autres, souvent avec le concours de certains militaires». Dans son réquisitoire, le MDR vise tout particulièrement l’Armée patriotique rwandaise ( APR), branche armée du FPR. Au-delà des dissensions politiques que révèle ce rapport, les accusations portées par le MDR confirment les rapports des observateurs enquêtant sur les droits de l’homme. Fin septembre, le haut Commissariat aux réfugiés (HCR) et Amnesty international en octobre avaient déjà dénoncé les homicides commis par les soldats de l’APR, et ainsi mis en cause les nouvelles autorités de Kigali.

De nouveaux témoignages, recueillis par Libération, confirment que l’armée se livre toujours à des rafles massives et que l’embryon d’appareil judiciaire qui s’est recréé au Rwanda vit dans la terreur. Depuis août, huit magistrats ont été arrêtés (sans mandat ni instruction judiciaires) par les militaires. L’un d’entre eux, Claude Gâtera, revenu en août pour occuper son poste à Kigali, a été arrêté quelques jours plus tard et retrouvé par hasard par le ministre de la Justice Alphonse-Marie Nkubito au cours de la visite d’une prison et libéré. C’est celui qui a eu le plus de chance. Un autre magistrat, Joséphine Mukanyangezi a été arrêtée avec ses deux enfants de 5et7ans, début septembre, le jour où elle reprenait son service en qualité de juge au tribunal de première instance de Kigali. Elle aurait été séquestrée et torturée dans la maison d’un militaire à Gikondo, dans le sud de la capitale, avant d’être amenée un mois et demi plus tard à la prison de Kigali. Depuis, une partie de sa famille a été arrêtée et elle n’a toujours pas vu de magistrat. Quant aux six autres, ils ont disparu, officiellement, quatre prisons sont en fonctionnement, sur les 17 existant. Mais les personnes raflées, souvent sur de vagues dénonciations pour des histoires de maison déjà occupée, d’héritage ou de jalousie, sont souvent détenues dans des bâtiments militaires, voire dans des habitations privées. Elles ne disposent bien entendu d’aucune garantie judiciaire. La question des moyens est évidemment préoccupante. Le procureur de Kigali et ses quatre substituts, compétents  pour l’ensemble du territoire, ne disposent même  pas d’un véhicule. Mais selon les observateurs, les représentants de la justice  sont pratiquement retenus  en otage. Quatre substituts  envoyés à Butare, dans le  sud, par le ministre dé la  Justice ont disparu. Autrement dit, hors de Kigali, pas de justice. 

Pire, les décisions de justice, quand elles sont prises, ne sont pas respectées. Quarante personnes libérées judiciairement en octobre à Kigali ont été raflées quelques jours après par les militaires, et depuis portées « disparues ». ving-trois d’entre elles viennent d’être retrouvées par des témoins étrangers dans le camp militaire de Rilima. Parmi elles, le journaliste Dominique Makeri mais aussi le vice-gouverneur de la Banque nationale du Rwanda, Pierre Rwakayigamba, et des intellectuels, la plupart revenus en août pour participer

à la reconstruction de leur pays et détenus depuis, sans charge.            :

Marie-Laure COLSON

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