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Escalade des affrontements entre Tutsis et Hutus au Burundi

Une cinquantaine de personnes ont trouvé la mort dans des affrontements interethniques au Burundi, depuis l’élection, jeudi dernier, d’un extrémiste hutu, Jean Minani, comme président de l’Assemblée nationale. Environ 2.000 manifestants à Bujumbura ont réclamé hier sa démission.

  

6 décembre 1994

  

Dans les heures et les jours incertains qui ont suivi l’assassinat en octobre 1993 de Melchior Ndadaye, le premier président hutu démocratiquement élu du Burundi, Jean Minani a joué un rôle capital. Depuis le Rwanda voisin, celui qui était alors ministre de la Santé lançait des appels radiophoniques à la «résistance», exhortant les Hutus à «ne pas se laisser abattre comme en 1965 et en I972», des années hécatombes restées comme une trace de sang dans la mémoire collective de l’ethnie majoritaire au Burundi. Celle-ci, pendant trente ans, avait été dominée par l’armée tutsie, à 90% constituée de l’ethnie minoritaire. Or,le 21 octobre 1993, des militaires tutsis ont tué Melchior Ndadaye et une grande partie du leadership hutu du pays. Les paysans hutus étaient alors descendus de leurs collines pour venger la mort de «leur»président.

Il y eut des dizaines de milliers de morts. D’abord du côté tutsi, puis, l’armée se livrant à une sanglante « pacification », du côté hutu. Les rares rescapés du gouvernement légitime s’étant réfugiés, soit au Zaïre voisin, soit dans l’enceinte de l’ambassade de France à Bujumbura, il y eut flottement. Jamais, six mois avant que la mécanique meurtrière ne s’enclenche au Rwanda, le risque d’un génocide n’avait été aussi grand dans la région. Or, c’est précisément depuis la capitale rwandaise, Kigali, sur les ondes de la Radio nationale et de Radio Mille Collines, que Jean Minani annonçait la formation d’un «gouvernement en exil» prêt à «résister jusqu’au dernier homme». Cette position extrémiste jouissait du soutien du président rwandais, Juvénal Habyarimana, et, également, de l’appui du capitaine Paul Barril. Recyclé dans le privé, l’ancien « supergendarme » de l’Elysée servait, en effet, de conseiller en matière de sécurité aux deux chefs d’Etat, du Rwanda et du Burundi. A ce titre, il avait connu et «beaucoup apprécié» Jean Minani.

Finalement, d’incessants efforts de médiation ainsi que, fait moins connu, l’envoi par la France d’une vingtaine de coopérants militaires supplémentaires, pour la «reprise en main» de l’armée tutsie, ont permis d’éviter le pire. Lorsque le nouveau président burundais, Cyprien Ntaryamira, périt au côté de Juvénal Habyarimana dans l’attentat du 6 avril, le Rwanda s’enflamme alors qu’à Bujumbura les responsables politiques appellent au calme. Pourtant, c’est au Burundi, le pays sortant d’une longue dictature minoritaire à l’heure de la démocratisation, et non au Rwanda, où seule la représentation politique des Tutsis minoritaires était en question, qu’on était en droit de s’attendre au drame. A l’épreuve des faits, « l’équilibre de la terreur » au Burundi entre, d’un côté, la majorité démographique hutue et, de l’autre, la mainmise tutsie sur l’armée s’est avéré un meilleur garde-fou que la «démocratisation» au Rwanda.

Tirant la leçon de ce constat, le représentant spécial des Nations unies au Burundi, Ahmedou Ould Abdallah, a patiemment négocié un « partage du pouvoir » entre Hutus et Tutsis, qui, signé en septembre dernier, ne tient plus compte des élections générales tenues en juillet 1993. Celles-ci avaient envoyé au Parlement 65 députés du Frodebu (Front démocratique du Burundi) contre 16 de l’Unité pour le progrès national (Uprona), le parti d’opposition tutsi. Or, l’accord négocié après la mort violente de deux présidents hutus en six mois et l’accession au pouvoir à Kigali, en juillet, du Front patriotique rwandais (FPR à majorité tutsie, a attribué 40% des postes gouvernementaux et 7 sur 16 gouverneurs de province à l’Uprona. Le président hutu par intérim, Sylvestre Ntibantunganya, bien que confirmé dans ses fonctions, a perdu une bonne partie de ses prérogatives au profit du Premier ministre tutsi, Anatole Kanyenkiko.

Dans ces conditions, l’élection de Jean Minani par la majorité hutue au Parlement, a été considérée comme une «rupture de contrat par l’Uprona, dont 2.000 partisans ont manifesté hier dans les rues de Bujumbura. Depuis jeudi, quatre civils dans la capitale et, au moins, une quarantaine dans le nord du Burundi on trouvé la mort dans des fusillades ou des attentats à la grenade. L’ultimatum de l’Uprona : Jean Minani démissionne, aujourd’hui, le parti tutsi quitte le gouvernement.

Stephen SMITH

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