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PARIS ABANDONNE KINSHASA A SA DERIVE

January 27, 2006 1 comment

Sanctionnant la nomination par Mobutu d’un Premier ministre à sa botte, le Quai d’Orsay a annoncé hier «l’interruption de toute coopération civile et militaire avec le Zaïre» et le rapatriement imminent de ses ressortissants. Sur place, cependant, affrontements, attentats et pillages se poursuivent.

 
Kinshasa, envoyés spéciaux

 
L’Occident, la France en tête, lâche le maréchal Mobutu. Hier matin, à bord d’un hélicoptère de l’armée française, dix des douze ambassadeurs de   la   Communauté   européenne sont allés remettre au président zaïrois, sur son bateau au mouillage à une cinquantaine de kilomètres au Nord de Kinshasa, une déclaration sèche de quatre lignes: « La Communauté et ses Etats membres considèrent que la mise en place d’un gouvernement qui ne répondrait pas aux critères contenus dans leur déclaration en date du 21 octobre entraînerait de graves conséquences sur le plan diplomatique, politique et économique, tant au niveau bilatéral que communautaire. » Deux heures plus tard, la France a sanctionné la nomination, mercredi, d’un Premier ministre à la botte du maréchal, là où la CEE avait exigé un «gouvernement de consensus jouissant d’un large soutien populaire». Avec effet immédiat, le porte-parole du Quai d’Orsay à Paris a annoncée / ‘interruption de toute coopération civile et militaire avec le Zaïre ».

, La mesure est sans précédent dans les relations franco-africaines, à moins de remonter à la rupture décrétée par le général de Gaulle, en 1958, avec la Guinée de Sékou Touré. L’interruption —et non pas la simple suspension— de toute coopération française avec le Zaïre entraînera le départ définitif de 174 coopérants, dont 80 militaires. Si la désorganisation totale du pays a déjà largement paralysé la coopération civile, la rupture sur le plan militaire est brutale. En principe dès aujourd’hui, la France cesse d’assurer l’encadrement de l’école militaire interafricaine de blindés à Mbanza, au sud de Kinshasa, et du Centre d’entraînement des troupes aéroportées (CETA), auquel appartient, notamment, la 31e brigade de parachutistes, l’unité d’élite du régime. Celle-là, il est vrai, s’est surtout illustrée depuis un mois, malgré ses instructeurs français, comme avant-garde |dans les pillages…

Une maisonnette en parpaings à moitié soufflée par l’explosion, la carcasse presque méconnaissable d’une voiture projetée au fond de la cour et le cadavre d’un chien déchiqueté par la charge s’offraient aux yeux des habitants du quartier de Bangu, dans la périphérie sud de Kinshasa. Dans la nuit, vers trois heures et demie, une bombe avait ouvert une brèche béante dans la maison. Les faux plafonds, y compris dans le voisinage, se sont tous effondrés. Cependant, dans les chambres de l’autre côté de la maison, -«Muanza Tshishimbi, son épouse Mo nique et leurs sept enfants n’ont pas été blessés.

«J’ai vu une jeep Pajero, avec des militaires dedans», a témoigné hier matin un garçon de 12 ans. Gardien d’un véhicule, il avait passé la nuit dans la rue. «Mais je ne les ai pas vus entrer dans la concession », s’est-il expliqué. Le soupçon se porte néanmoins sur les « hiboux », les escadrons parallèles de l’armée zaïroise. D’autant que la victime, Muanza Tshis-himbi, n’est pas un inconnu. Garde du corps d’Etienne Tshisekedi, il est depuis de longues années l’un des plus fidèles partisans du leader de l’opposition zaïroise, nommé fin septembre Premier ministre avant d’être brusquement révoqué, lundi, par le maréchal Mobutu. Selon l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti d’Etienne Tshisekedi, les maisons de deux autres de leurs partisans auraient également été plastiquées dans la nuit de jeudi à vendredi.

S’agit-il d’actes de vengeance et d’intimidation après les émeutes, jeudi, dans la «Cité» de Kinshasa? Le fait est que, hier, le bilan des combats de rue de la veille s’est alourdi. Selon des sources recoupées, au moins cinq personnes ont trouvé la mort dans les violences, une douzaine ont été blessées par balles et une soixantaine sérieusement malmenées dans les affrontements avec les forces de l’ordre.  Les victimes ne se situent pas toutes du côté des manifestants : un neveu du président Mobutu, qui tentait de défendre sa propriété l’arme à la main, a été lapidé à coup de briques par une foule enragée. Hier, Kinshasa, toujours quadrillée par les forces de l’ordre, a retrouvé un semblant de normalité, sans incidents comparables à ceux de la veille. Cependant, simultanément comme par effet d’entraînement, toutes les grandes villes du Bas-Zaïre, au Sud-Ouest de la capitale, ont été saccagées par des bandes de militaires. C’est le cas, notamment, de Kwilu Ngongo et de sa sucrière, de Lukala, où est implantée la plus grande cimenterie du Zaïre, ainsi que de Moanda, la base de l’exploitation pétrolière sur la côte. Hier en début d’après-midi, des témoignages recueillis par contact radio attestaient de la poursuite des pillages dans ces villes. De même, à Lubumbashi, la capitale du Shaba, le «nettoyage» des maisons d’expatriés ayant fui depuis le début de la semaine achèverait à présent l’œuvre de destruction.

Devant cette dégradation générale, les puissances occidentales ont décrété hier la phase ultime de leur opération d’évacuation. La Belgique, l’ex-puissance coloniale restée très présente dans le pays, a ordonné hier à tous ses ressortissants de quitter le Zaïre. De même, la France a renouvelé l’appel au départ de ses quelque 600 citoyens toujours sur place. Même s’il n’est pas explicitement annoncé, le retrait des contingents militaires, belge et français, est dans la logique de cette «démarche pressante». Après avoir permis, avec les meilleures garanties de sécurité, l’évacuation de quelque 20000 ressortissants de la Communauté européenne, le corps expéditaire, arrivé sur place le 25 septembre dernier, devra être rapatrié dans les meilleurs délais. « Sous huitaine », suppose-t-on dans les ambassades à Kinshasa. Et le Zaïre ? Il semble définitivement parti à la dérive. La nomination comme nouveau Premier ministre de Mungul Diaka n’a provoqué, outre l’éruption de colère à Kinshasa, qu’un dangereux retour aux réflexes tribaux. Lui-même Bandundu, l’ethnie à laquelle appartient la moitié des habitants de Kinshasa, Mungul Diaka s’est prévalu d’une assise populaire avec cette profession de foi tribale: « Si je dois choisir entre un frère et un ami, le choix est clair. » Région par région, le Zaïre menace de sombrer dans l’anarchie. La putréfaction de l’ancien ordre a atteint un stade où le « pouvoir central » ne s’exerce même plus sur la capitale. Hier, les journalistes de la radiotélévision zaïroise, après 48 heures sous la tutelle des militaires, ‘ ont pris l’antenne pour annoncer un «service public new look»: promettant une « information saine et honnête», ils ont demandé « pardon au peuple pour leur compromission avec les forces opposées au processus démocratique»…

Caroline DUMAY
Stephen SMITH

Categories: Zaïre

L’horreur cherche ses mots

January 21, 2006 Leave a comment

 

Alors que le calme semble être revenu, le pays s’interroge sur les circonstances des massacres interethniques qui ont embrasé le nord du territoire. Partout la même litanie: «On ne comprend pas. » Des enquêtes sont en cours.

 

Août 1988

 

Bujumbura, envoyé spécial

 

Le grand chien aux allures de berger allemand va mourir. Il traîne près de la demeure de son maître, se couche sans illusions.. Attend. C’était une des plus belles maison de Ntega, l’une des communes où ont débuté les affrontements entre Hutu et Tutsi qui ont provoqué l’intervention de l’armée. Son propriétaire, un riche commerçant Tutsi de la région, a été l’un des premiers visés.

Des tracts ont d’abord circulé le dénonçant comme un exploiteur qui avait fait fortune après les massacres de Hutu en 1972. Le 15 juillet, près d’un millier de villageois sont montés jusqu’à sa villa armés de machettes, de lances, d’arcs et de flèches. Ils se sont emparés de sa femme et de ses enfants tandis que lui-même se barricadait, armé d’un fusil. Pour le faire sortir, les assaillants ont blessé sa famille à coups de machette. Le sang de ses gosses n’a pas convaincu le commerçant. On a lâche la femme et les enfants.

L’assaut a débuté. Il a duré près de six heures. Le propriétaire a finalement cédé et, en tentant de s’enfuir, il a été intercepté, tué à coups de machette, jeté dans une fosse septique. Entre-temps ses enfants et sa femme ont eux aussi été ‘ assassinés alors qu’ils tentaient de panser leurs premières blessures. Aujourd’hui, en observant la maison défoncée, brûlée et recouverte de pierres, on imagine la scène. Tout a été pillé ou frénétiquement détruit par des hommes et des femmes qui, la veille, semblaient entretenir les meilleurs rapports avec leurs futures victimes. Même chose un peu plus loin où la sœur Béatrice a vu quelques-uns de ses paroissiens Tutsi massacrés par leurs voisins. Il ne reste qu’un billot de bois, rouge du sang de la vingtaine d’hommes et de femmes que l’on a décapités, et un corps boursouflé et sans tête sculpté à coups de machette. Autour, une région vide de ses habitants, des maisons pillées, brûlées, détruites ou quelques corps d’enfants, de femmes et d’hommes sur lesquels s’acharnent les vautours.

Le directeur de la presse écrite du Burundi, originaire de la région, contemple la maison de ses parents dévastée. Son père a eu les jambes coupées avant d’être tué devant sa mère: «Je ne comprends pas, j’ai été élevé avec ceux qui ont fait ça, c’était des voisins, des amis. » En effet, personne ici ne comprend ce qui, du jour au lendemain, a poussé la population de deux villages proches de la frontière du . Rwanda, Netega et Maranga, à s’entre-tuer. On s’interroge, et, à Bujumbura, on est inquiet de l’avenir même si, pour l’instant, le reste du pays reste apparemment calmé.

Bien sûr, il y a l’histoire. La domination historique des Tutsi, minoritaires, sur les Hutu. Les massacres de 1965 et de 1972 qui ont fait plusieurs centaines de milliers de victimes Hutu. La persistance de la domination tutsi au gouvernement, dans l’administration et dans l’armée, malgré les efforts accomplis par le président Buyoya qui a pris le pouvoir en 1987. Le ressentiment des quelques intellectuels hutu qui ont échappé aux éliminations massives de 1972… Mais tout a été si soudain. Si violent.

Alors, on cherche en évitant les explications trop simples de certains responsables burundais qui affirment qu’il s’agit là « d’une tentative de déstabilisation de la nation organisée par un pays voisin ». On évoque les manœuvres militaires qui se déroulaient dans la région. On dénonce l’incurie des responsables tutsi locaux qui n’ont pas su se mettre à l’écoute de la population hutu majoritaire. Peut-être même leurs faux pas qui ont poussé certains militants hutu à se croire inquiétés.

En tout cas, des habitants hutu de Ntega et Maranga ont été convaincus par certains des leurs de l’imminence d’un nouveau massacre et ont pris les devants. Tuer pour ne pas être tués. Tuer de manière panique, convaincus par quelques intellectuels qu’on allait à nouveau s’en prendre à eux.

Les autorités burundaises répètent que des enquêtes sont en cours. A Bujumbura, quelques fonctionnaires hutu et tutsi s’inquiètent. Dans une pétition, ils se demandent pourquoi l’armée n’est pas intervenue assez tôt alors qu’elle était sur place, parlent de provocations et demandent une commission d’enquête interethnique, en soulignant que les Hutu doivent être associés de manière plus réelle à l’exercice du pouvoir.

Du même coup, on s’aperçoit que rien n’est réglé même si les métissage successifs ont aplani les différences entre Hutu et Tutsi. Certains des signataires se demandent même en privé si les partisans de l’ancien président Bagaza n’ont pas laissé pourrir la situation afin de dénoncer le «laxisme » du nouveau régime et de revenir à leur ancienne hargne anti-hutu.

Une attitude, qui, de l’autre côté, va renforcer les analyses les plus figées des intellectuels hutu rêvant de prendre le pouvoir à leurs rivaux historiques. Un sentiment que l’on éprouve en écoutant certains réfugiés hutu pérorant du Rwanda contre le régime du Burundi. Cependant, tout cela ne doit pas faire oublier l’intervention militaire burundaise, qui a sans doute provoqué plus de morts que les premiers massacres..

En attendant, le couvre-feu est toujours maintenu de 5heures à 19heures dans l’ensemble du pays, lès habitants doivent être munis de laissez-passer et les barrages policiers ou militaires sont toujours aussi nombreux sur les routes. Il est vrai qu’il y a deux jours des équipes sanitaires chargées d’enterrer les cadavres ont été attaquées à coups de lances alors qu’elles étaient protégées par une escorte militaire.

Gilles MILLET

Categories: Burundi

Escalade des affrontements entre Tutsis et Hutus au Burundi

December 6, 1994 Leave a comment

Une cinquantaine de personnes ont trouvé la mort dans des affrontements interethniques au Burundi, depuis l’élection, jeudi dernier, d’un extrémiste hutu, Jean Minani, comme président de l’Assemblée nationale. Environ 2.000 manifestants à Bujumbura ont réclamé hier sa démission.

  

6 décembre 1994

  

Dans les heures et les jours incertains qui ont suivi l’assassinat en octobre 1993 de Melchior Ndadaye, le premier président hutu démocratiquement élu du Burundi, Jean Minani a joué un rôle capital. Depuis le Rwanda voisin, celui qui était alors ministre de la Santé lançait des appels radiophoniques à la «résistance», exhortant les Hutus à «ne pas se laisser abattre comme en 1965 et en I972», des années hécatombes restées comme une trace de sang dans la mémoire collective de l’ethnie majoritaire au Burundi. Celle-ci, pendant trente ans, avait été dominée par l’armée tutsie, à 90% constituée de l’ethnie minoritaire. Or,le 21 octobre 1993, des militaires tutsis ont tué Melchior Ndadaye et une grande partie du leadership hutu du pays. Les paysans hutus étaient alors descendus de leurs collines pour venger la mort de «leur»président.

Il y eut des dizaines de milliers de morts. D’abord du côté tutsi, puis, l’armée se livrant à une sanglante « pacification », du côté hutu. Les rares rescapés du gouvernement légitime s’étant réfugiés, soit au Zaïre voisin, soit dans l’enceinte de l’ambassade de France à Bujumbura, il y eut flottement. Jamais, six mois avant que la mécanique meurtrière ne s’enclenche au Rwanda, le risque d’un génocide n’avait été aussi grand dans la région. Or, c’est précisément depuis la capitale rwandaise, Kigali, sur les ondes de la Radio nationale et de Radio Mille Collines, que Jean Minani annonçait la formation d’un «gouvernement en exil» prêt à «résister jusqu’au dernier homme». Cette position extrémiste jouissait du soutien du président rwandais, Juvénal Habyarimana, et, également, de l’appui du capitaine Paul Barril. Recyclé dans le privé, l’ancien « supergendarme » de l’Elysée servait, en effet, de conseiller en matière de sécurité aux deux chefs d’Etat, du Rwanda et du Burundi. A ce titre, il avait connu et «beaucoup apprécié» Jean Minani.

Finalement, d’incessants efforts de médiation ainsi que, fait moins connu, l’envoi par la France d’une vingtaine de coopérants militaires supplémentaires, pour la «reprise en main» de l’armée tutsie, ont permis d’éviter le pire. Lorsque le nouveau président burundais, Cyprien Ntaryamira, périt au côté de Juvénal Habyarimana dans l’attentat du 6 avril, le Rwanda s’enflamme alors qu’à Bujumbura les responsables politiques appellent au calme. Pourtant, c’est au Burundi, le pays sortant d’une longue dictature minoritaire à l’heure de la démocratisation, et non au Rwanda, où seule la représentation politique des Tutsis minoritaires était en question, qu’on était en droit de s’attendre au drame. A l’épreuve des faits, « l’équilibre de la terreur » au Burundi entre, d’un côté, la majorité démographique hutue et, de l’autre, la mainmise tutsie sur l’armée s’est avéré un meilleur garde-fou que la «démocratisation» au Rwanda.

Tirant la leçon de ce constat, le représentant spécial des Nations unies au Burundi, Ahmedou Ould Abdallah, a patiemment négocié un « partage du pouvoir » entre Hutus et Tutsis, qui, signé en septembre dernier, ne tient plus compte des élections générales tenues en juillet 1993. Celles-ci avaient envoyé au Parlement 65 députés du Frodebu (Front démocratique du Burundi) contre 16 de l’Unité pour le progrès national (Uprona), le parti d’opposition tutsi. Or, l’accord négocié après la mort violente de deux présidents hutus en six mois et l’accession au pouvoir à Kigali, en juillet, du Front patriotique rwandais (FPR à majorité tutsie, a attribué 40% des postes gouvernementaux et 7 sur 16 gouverneurs de province à l’Uprona. Le président hutu par intérim, Sylvestre Ntibantunganya, bien que confirmé dans ses fonctions, a perdu une bonne partie de ses prérogatives au profit du Premier ministre tutsi, Anatole Kanyenkiko.

Dans ces conditions, l’élection de Jean Minani par la majorité hutue au Parlement, a été considérée comme une «rupture de contrat par l’Uprona, dont 2.000 partisans ont manifesté hier dans les rues de Bujumbura. Depuis jeudi, quatre civils dans la capitale et, au moins, une quarantaine dans le nord du Burundi on trouvé la mort dans des fusillades ou des attentats à la grenade. L’ultimatum de l’Uprona : Jean Minani démissionne, aujourd’hui, le parti tutsi quitte le gouvernement.

Stephen SMITH

Categories: Burundi

L’ancien président rwandais aurait été tué par des hutus

December 3, 1994 Leave a comment

Genève,

de notre correspondant

 
Après deux missions d’enquête au Rwanda et dans les pays voisins, la Commission d’experts de l’ONU, composé de trois juristes africains et présidée par le Togolais Atsu-Kofi Amega, a rendu son rapport.

 
3 décembre 1994

 
«Après un examen approfondi, la Commission d’experts a conclu à l’existence de preuves accablantes attestant que des actes de génocide ont été commis à l’encontre du groupe tutsi par des éléments hutus agissant de manière planifiée, systématique et méthodique. Le génocide a été commis avec la participation d’escadrons de la mort appelés “réseau O”, mis en place par l’ancien régime du président Juvénal Habyarimana. » Telles sont les conclusions de l’enquête des experts de l’ONU.

Transmis cette semaine à Boutros Boutros-Ghali, le rapport évalue à au moins 500.000 morts le nombre de victimes des massacres qui ont commencé le 6 avril dernier. Les enquêteurs ont entre leurs mains une cassette audio sur laquelle, Léon Mugasera, l’un des responsables du Mouvement révolutionnaire national pour le développe-ment(MRND)du président Habyarimana exhorte, dans une conférence du parti en 1992, «à tuer les Tutsis et à jeter les corps dans les cours d’eau du pays ». Une cassette qui, précise le rapport, « sera extrêmement utile pour prouver qu’il y a eu l’intention criminelle de commettre un génocide».

Les experts reviennent longuement sur la mort du président Habyarimana et mettent en évidence le rapide enchaînement des événements, si rapide, en fait, que le rapport laisse entendre -sans le dire explicitement- qu’Habyarimana aurait peut-être été tué par des extrémistes de son camp. Ainsi, les experts relèvent que dans les « trente à quarante-cinq minutes qui ont suivi l’attentat, avant même que la nouvelle ait été annoncée par la radio nationale, des barrages ont été mis en place à certains grands carrefours et les rues de Kigali ont commencé à se remplir de cadavres ». Les experts ajoutent « un autre fait encore plus probant à savoir que « la garde présidentielle a mis en place des barrages routiers qui ont empêché les membres de la mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda d’atteindre l’aéroport afin de mener une enquête sur l’assassinat  président ».

Les trois enquêteurs ont également affirmé qu’il y avait de sérieuses raisons de penser que des éléments tutsi (avant la prise de prise de pouvoir par le FPR, ndlr) s’étaient livrés à massacres, à des exécutions sommaires, à des violations du droit international humanitaire et à des crimes contre l’humanité à l’égard des Hutus ». Les experts ajoutent qu’ils restent  préoccupés par la violence que continuent de perpétrer certains soldats du FPR, même si, faute de temps, ils s’estiment incapables de trouver des indices qui attesteraient que ces massacres ont été commandités ou approuvées par les autorités en place ».

 
Pierre Haski

 

Categories: Rwanda

ANASTASE GASANA

November 29, 1994 Leave a comment

Les gens

  

29 novembre 1994

  

ANASTASE GASANA 

remplace, au poste de ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Jean-Marie Vianney Ndàgijimana, actuellement en France. Membre du Mouvement démocratique républicain (MDR), Ndàgijimana avait été accusé d’avoir «disparu» avec une importante somme d’argent, ce qu’il dément. Comme son prédécesseur, Anastase Gasana est membre du MDR, parti du Premier ministre Faustin Twagiramungu. Il était déjà chef de la diplomatie dans le gouvernement de transition mis en place en juillet 1993 par le président Habyarimana, tué le 6 avril, et avait été choisi par le nouveau gouvernement pour être ambassadeur à Washington.

Categories: Rwanda

Le Zaïre expulse 26 réfugiés rwandais vers le Rwanda

November 29, 1994 Leave a comment

Vingt-six réfugiés rwandais ont été expulsés dimanche soir vers le Rwanda par les autorités zaïroises, qui les accusent d’être à l’origine des troubles survenus ce week-end dans le camp de Katalé, au nord de Goma.
 
29 novembre 1994

 
C’est la première fois que les autorités zaïroises prennent une telle mesure, depuis l’arrivée en juillet de quelque 800.000 réfugiés dans cette région du Nord-Kivu, à l’est du Zaïre. Les troubles   qui   avaient commencé    vendredi après l’intervention de l’armée zaïroise, déclenchée par plusieurs vols et délits commis par des réfugiés, s’étaient soldés par la mort de 18 réfugiés et d’un garde civil zaïrois.

Le transfert des vingt-six Rwandais s’est effectué en présence des autorités civiles et militaires de Goma, ainsi que de représentants d’organisations carita-tives et du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Côté rwandais, des observateurs de la Mission des Nations unies au Rwanda (Mi-nuar II) ont assisté à l’opération. Plusieurs organisations caritatives présentes dans les camps de Goma avaient récemment dénoncé la terreur que font régner les miliciens hutus et les anciens membres des Forces armées rwan-daises (FAR) dans les camps où ils détournent les aides alimentaires.

Ces incidents ont coïncidé avec la tenue, samedi et dimanche, d’un sommet réunissant les chefs d’Etat du Zaïre, du Rwanda et du Burundi, pour faire le point sur la situation dans les camps de réfugiés établis au Zaïre. Selon la radio zaïroise, les chefs d’Etat de ces trois pays qui forment la Communauté économique des pays des grands lacs (CEPGL)se sont attachés «à la recherche de la paix au Rwanda et au Burundi» et ont projeté de créer des zones de sécurité au Rwanda sous le contrôle des Nations unies.

Déjà le 24 octobre, le Zaïre, le Rwanda et le HCR avaient signé des accords tripartites prévoyant notamment le rapatriement des réfugiés sur la base du volontariat et leur prise en charge dans des centres d’accueil sur le territoire rwandais. Selon les milieux gouvernementaux zaïrois, la partie rwandaise n’aurait toujours pas désigné les membres de sa délégation devant faire partie de la sous-commission chargée des rapatriements. (AFP)

Categories: Rwanda, Zaïre

Des magistrats rwandais victimes de la terreur de l’armée

November 28, 1994 Leave a comment

28 novembre 1994

 
Pour la première fois, les exactions et les arrestations arbitraires commises par l’armée rwandaise sous contrôle du FPR sont ouvertement dénoncées par l’un des partis de la coalition au pouvoir à Kigali.

Dans un rapport adressé en novembre aux membres du gouvernement, aux partis politiques et aux diplomates, le Mouvement démocratique républicain (MDR) parti du Premier ministre Faustin Twagiramungu, reproche non seulement au FPR (mouvement de rébellion tutsi, aujourd’hui au pouvoir) de violer les accords d’Arusha signés en août 1983, mais d’être également responsable de l’insécurité qui règne dans le pays. Selon le MDR, ton assiste encore à des arrestations injustifiées, des exécutions sommaires, aux enlèvements et disparitions des personnes qui tentent de s’installer dans leurs biens, commis dans la plupart des cas par ceux qui veulent s’approprier illégalement les biens des autres, souvent avec le concours de certains militaires». Dans son réquisitoire, le MDR vise tout particulièrement l’Armée patriotique rwandaise ( APR), branche armée du FPR. Au-delà des dissensions politiques que révèle ce rapport, les accusations portées par le MDR confirment les rapports des observateurs enquêtant sur les droits de l’homme. Fin septembre, le haut Commissariat aux réfugiés (HCR) et Amnesty international en octobre avaient déjà dénoncé les homicides commis par les soldats de l’APR, et ainsi mis en cause les nouvelles autorités de Kigali.

De nouveaux témoignages, recueillis par Libération, confirment que l’armée se livre toujours à des rafles massives et que l’embryon d’appareil judiciaire qui s’est recréé au Rwanda vit dans la terreur. Depuis août, huit magistrats ont été arrêtés (sans mandat ni instruction judiciaires) par les militaires. L’un d’entre eux, Claude Gâtera, revenu en août pour occuper son poste à Kigali, a été arrêté quelques jours plus tard et retrouvé par hasard par le ministre de la Justice Alphonse-Marie Nkubito au cours de la visite d’une prison et libéré. C’est celui qui a eu le plus de chance. Un autre magistrat, Joséphine Mukanyangezi a été arrêtée avec ses deux enfants de 5et7ans, début septembre, le jour où elle reprenait son service en qualité de juge au tribunal de première instance de Kigali. Elle aurait été séquestrée et torturée dans la maison d’un militaire à Gikondo, dans le sud de la capitale, avant d’être amenée un mois et demi plus tard à la prison de Kigali. Depuis, une partie de sa famille a été arrêtée et elle n’a toujours pas vu de magistrat. Quant aux six autres, ils ont disparu, officiellement, quatre prisons sont en fonctionnement, sur les 17 existant. Mais les personnes raflées, souvent sur de vagues dénonciations pour des histoires de maison déjà occupée, d’héritage ou de jalousie, sont souvent détenues dans des bâtiments militaires, voire dans des habitations privées. Elles ne disposent bien entendu d’aucune garantie judiciaire. La question des moyens est évidemment préoccupante. Le procureur de Kigali et ses quatre substituts, compétents  pour l’ensemble du territoire, ne disposent même  pas d’un véhicule. Mais selon les observateurs, les représentants de la justice  sont pratiquement retenus  en otage. Quatre substituts  envoyés à Butare, dans le  sud, par le ministre dé la  Justice ont disparu. Autrement dit, hors de Kigali, pas de justice. 

Pire, les décisions de justice, quand elles sont prises, ne sont pas respectées. Quarante personnes libérées judiciairement en octobre à Kigali ont été raflées quelques jours après par les militaires, et depuis portées « disparues ». ving-trois d’entre elles viennent d’être retrouvées par des témoins étrangers dans le camp militaire de Rilima. Parmi elles, le journaliste Dominique Makeri mais aussi le vice-gouverneur de la Banque nationale du Rwanda, Pierre Rwakayigamba, et des intellectuels, la plupart revenus en août pour participer

à la reconstruction de leur pays et détenus depuis, sans charge.            :

Marie-Laure COLSON

Categories: Rwanda