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Archive for the ‘Burundi’ Category

L’horreur cherche ses mots

January 21, 2006 Leave a comment

 

Alors que le calme semble être revenu, le pays s’interroge sur les circonstances des massacres interethniques qui ont embrasé le nord du territoire. Partout la même litanie: «On ne comprend pas. » Des enquêtes sont en cours.

 

Août 1988

 

Bujumbura, envoyé spécial

 

Le grand chien aux allures de berger allemand va mourir. Il traîne près de la demeure de son maître, se couche sans illusions.. Attend. C’était une des plus belles maison de Ntega, l’une des communes où ont débuté les affrontements entre Hutu et Tutsi qui ont provoqué l’intervention de l’armée. Son propriétaire, un riche commerçant Tutsi de la région, a été l’un des premiers visés.

Des tracts ont d’abord circulé le dénonçant comme un exploiteur qui avait fait fortune après les massacres de Hutu en 1972. Le 15 juillet, près d’un millier de villageois sont montés jusqu’à sa villa armés de machettes, de lances, d’arcs et de flèches. Ils se sont emparés de sa femme et de ses enfants tandis que lui-même se barricadait, armé d’un fusil. Pour le faire sortir, les assaillants ont blessé sa famille à coups de machette. Le sang de ses gosses n’a pas convaincu le commerçant. On a lâche la femme et les enfants.

L’assaut a débuté. Il a duré près de six heures. Le propriétaire a finalement cédé et, en tentant de s’enfuir, il a été intercepté, tué à coups de machette, jeté dans une fosse septique. Entre-temps ses enfants et sa femme ont eux aussi été ‘ assassinés alors qu’ils tentaient de panser leurs premières blessures. Aujourd’hui, en observant la maison défoncée, brûlée et recouverte de pierres, on imagine la scène. Tout a été pillé ou frénétiquement détruit par des hommes et des femmes qui, la veille, semblaient entretenir les meilleurs rapports avec leurs futures victimes. Même chose un peu plus loin où la sœur Béatrice a vu quelques-uns de ses paroissiens Tutsi massacrés par leurs voisins. Il ne reste qu’un billot de bois, rouge du sang de la vingtaine d’hommes et de femmes que l’on a décapités, et un corps boursouflé et sans tête sculpté à coups de machette. Autour, une région vide de ses habitants, des maisons pillées, brûlées, détruites ou quelques corps d’enfants, de femmes et d’hommes sur lesquels s’acharnent les vautours.

Le directeur de la presse écrite du Burundi, originaire de la région, contemple la maison de ses parents dévastée. Son père a eu les jambes coupées avant d’être tué devant sa mère: «Je ne comprends pas, j’ai été élevé avec ceux qui ont fait ça, c’était des voisins, des amis. » En effet, personne ici ne comprend ce qui, du jour au lendemain, a poussé la population de deux villages proches de la frontière du . Rwanda, Netega et Maranga, à s’entre-tuer. On s’interroge, et, à Bujumbura, on est inquiet de l’avenir même si, pour l’instant, le reste du pays reste apparemment calmé.

Bien sûr, il y a l’histoire. La domination historique des Tutsi, minoritaires, sur les Hutu. Les massacres de 1965 et de 1972 qui ont fait plusieurs centaines de milliers de victimes Hutu. La persistance de la domination tutsi au gouvernement, dans l’administration et dans l’armée, malgré les efforts accomplis par le président Buyoya qui a pris le pouvoir en 1987. Le ressentiment des quelques intellectuels hutu qui ont échappé aux éliminations massives de 1972… Mais tout a été si soudain. Si violent.

Alors, on cherche en évitant les explications trop simples de certains responsables burundais qui affirment qu’il s’agit là « d’une tentative de déstabilisation de la nation organisée par un pays voisin ». On évoque les manœuvres militaires qui se déroulaient dans la région. On dénonce l’incurie des responsables tutsi locaux qui n’ont pas su se mettre à l’écoute de la population hutu majoritaire. Peut-être même leurs faux pas qui ont poussé certains militants hutu à se croire inquiétés.

En tout cas, des habitants hutu de Ntega et Maranga ont été convaincus par certains des leurs de l’imminence d’un nouveau massacre et ont pris les devants. Tuer pour ne pas être tués. Tuer de manière panique, convaincus par quelques intellectuels qu’on allait à nouveau s’en prendre à eux.

Les autorités burundaises répètent que des enquêtes sont en cours. A Bujumbura, quelques fonctionnaires hutu et tutsi s’inquiètent. Dans une pétition, ils se demandent pourquoi l’armée n’est pas intervenue assez tôt alors qu’elle était sur place, parlent de provocations et demandent une commission d’enquête interethnique, en soulignant que les Hutu doivent être associés de manière plus réelle à l’exercice du pouvoir.

Du même coup, on s’aperçoit que rien n’est réglé même si les métissage successifs ont aplani les différences entre Hutu et Tutsi. Certains des signataires se demandent même en privé si les partisans de l’ancien président Bagaza n’ont pas laissé pourrir la situation afin de dénoncer le «laxisme » du nouveau régime et de revenir à leur ancienne hargne anti-hutu.

Une attitude, qui, de l’autre côté, va renforcer les analyses les plus figées des intellectuels hutu rêvant de prendre le pouvoir à leurs rivaux historiques. Un sentiment que l’on éprouve en écoutant certains réfugiés hutu pérorant du Rwanda contre le régime du Burundi. Cependant, tout cela ne doit pas faire oublier l’intervention militaire burundaise, qui a sans doute provoqué plus de morts que les premiers massacres..

En attendant, le couvre-feu est toujours maintenu de 5heures à 19heures dans l’ensemble du pays, lès habitants doivent être munis de laissez-passer et les barrages policiers ou militaires sont toujours aussi nombreux sur les routes. Il est vrai qu’il y a deux jours des équipes sanitaires chargées d’enterrer les cadavres ont été attaquées à coups de lances alors qu’elles étaient protégées par une escorte militaire.

Gilles MILLET

Categories: Burundi

Escalade des affrontements entre Tutsis et Hutus au Burundi

December 6, 1994 Leave a comment

Une cinquantaine de personnes ont trouvé la mort dans des affrontements interethniques au Burundi, depuis l’élection, jeudi dernier, d’un extrémiste hutu, Jean Minani, comme président de l’Assemblée nationale. Environ 2.000 manifestants à Bujumbura ont réclamé hier sa démission.

  

6 décembre 1994

  

Dans les heures et les jours incertains qui ont suivi l’assassinat en octobre 1993 de Melchior Ndadaye, le premier président hutu démocratiquement élu du Burundi, Jean Minani a joué un rôle capital. Depuis le Rwanda voisin, celui qui était alors ministre de la Santé lançait des appels radiophoniques à la «résistance», exhortant les Hutus à «ne pas se laisser abattre comme en 1965 et en I972», des années hécatombes restées comme une trace de sang dans la mémoire collective de l’ethnie majoritaire au Burundi. Celle-ci, pendant trente ans, avait été dominée par l’armée tutsie, à 90% constituée de l’ethnie minoritaire. Or,le 21 octobre 1993, des militaires tutsis ont tué Melchior Ndadaye et une grande partie du leadership hutu du pays. Les paysans hutus étaient alors descendus de leurs collines pour venger la mort de «leur»président.

Il y eut des dizaines de milliers de morts. D’abord du côté tutsi, puis, l’armée se livrant à une sanglante « pacification », du côté hutu. Les rares rescapés du gouvernement légitime s’étant réfugiés, soit au Zaïre voisin, soit dans l’enceinte de l’ambassade de France à Bujumbura, il y eut flottement. Jamais, six mois avant que la mécanique meurtrière ne s’enclenche au Rwanda, le risque d’un génocide n’avait été aussi grand dans la région. Or, c’est précisément depuis la capitale rwandaise, Kigali, sur les ondes de la Radio nationale et de Radio Mille Collines, que Jean Minani annonçait la formation d’un «gouvernement en exil» prêt à «résister jusqu’au dernier homme». Cette position extrémiste jouissait du soutien du président rwandais, Juvénal Habyarimana, et, également, de l’appui du capitaine Paul Barril. Recyclé dans le privé, l’ancien « supergendarme » de l’Elysée servait, en effet, de conseiller en matière de sécurité aux deux chefs d’Etat, du Rwanda et du Burundi. A ce titre, il avait connu et «beaucoup apprécié» Jean Minani.

Finalement, d’incessants efforts de médiation ainsi que, fait moins connu, l’envoi par la France d’une vingtaine de coopérants militaires supplémentaires, pour la «reprise en main» de l’armée tutsie, ont permis d’éviter le pire. Lorsque le nouveau président burundais, Cyprien Ntaryamira, périt au côté de Juvénal Habyarimana dans l’attentat du 6 avril, le Rwanda s’enflamme alors qu’à Bujumbura les responsables politiques appellent au calme. Pourtant, c’est au Burundi, le pays sortant d’une longue dictature minoritaire à l’heure de la démocratisation, et non au Rwanda, où seule la représentation politique des Tutsis minoritaires était en question, qu’on était en droit de s’attendre au drame. A l’épreuve des faits, « l’équilibre de la terreur » au Burundi entre, d’un côté, la majorité démographique hutue et, de l’autre, la mainmise tutsie sur l’armée s’est avéré un meilleur garde-fou que la «démocratisation» au Rwanda.

Tirant la leçon de ce constat, le représentant spécial des Nations unies au Burundi, Ahmedou Ould Abdallah, a patiemment négocié un « partage du pouvoir » entre Hutus et Tutsis, qui, signé en septembre dernier, ne tient plus compte des élections générales tenues en juillet 1993. Celles-ci avaient envoyé au Parlement 65 députés du Frodebu (Front démocratique du Burundi) contre 16 de l’Unité pour le progrès national (Uprona), le parti d’opposition tutsi. Or, l’accord négocié après la mort violente de deux présidents hutus en six mois et l’accession au pouvoir à Kigali, en juillet, du Front patriotique rwandais (FPR à majorité tutsie, a attribué 40% des postes gouvernementaux et 7 sur 16 gouverneurs de province à l’Uprona. Le président hutu par intérim, Sylvestre Ntibantunganya, bien que confirmé dans ses fonctions, a perdu une bonne partie de ses prérogatives au profit du Premier ministre tutsi, Anatole Kanyenkiko.

Dans ces conditions, l’élection de Jean Minani par la majorité hutue au Parlement, a été considérée comme une «rupture de contrat par l’Uprona, dont 2.000 partisans ont manifesté hier dans les rues de Bujumbura. Depuis jeudi, quatre civils dans la capitale et, au moins, une quarantaine dans le nord du Burundi on trouvé la mort dans des fusillades ou des attentats à la grenade. L’ultimatum de l’Uprona : Jean Minani démissionne, aujourd’hui, le parti tutsi quitte le gouvernement.

Stephen SMITH

Categories: Burundi

Le Burundi, de nouveau prêt à exploser

July 12, 1994 Leave a comment

Comme au Rwanda voisin, l’histoire des Hutus et des Tutsis du Burundi n’est qu’une suite de massacres et de haine. Et à l’heure de la désignation du nouveau président, les passions s’exacerbent encore.

  

Bujumbura, envoyé spécial

  

12 juillet 1994

  

Tous les matins et tous les soirs, au poste frontière entre le Burundi et le Zaïre, c’est le ballet des voitures officielles. Le soir, une bonne partie du gouvernement burundais part dormir à Uvira, sur la rive zaïroise du lac Tanganyika. Le matin, les ministres reviennent gouverner leur pays où, neuf mois après l’assassinat du premier président hutu par l’armée tutsie, ils ont toujours peur de passer la nuit. Il est vrai qu’entre-temps, un autre président hutu a trouvé la mort, le 6 avril dernier, dans l’attentat contre l’avion du chef de l’Etat rwandais. Juvénal Habyarimana. qu’il accompagnait. A présent, c’est également du Rwanda, ironiquement de la «zone humanitaire» instaurée par l’armée française, que viennent des appels haineux à la «vengeance»: depuis Bugarama Radio Rutemangingo — « celui qui coupe aux articulations » – appelle la majorité hutue au Burundi à «en finir une fois pour toute avec l’oppresseur tutsi». Depuis l’indépendance des deux pays, en 1962, le Rwanda et le Burundi ont fonctionné comme des vases communicants. La composition ethnique de leur population est identique:85%de Hutus, 14% de Tutsis et 1 % de Twa, des pygmées aborigènes. Le Rwanda avait fait dès 1959 sa «Révolution sociale», portant au pouvoir les Hutus majoritaires, alors que le Burundi, par la force des armes, était resté sous la férule -successivement- d’un capitaine, d’un colonel et d’un major tutsi. Cette asymétrie politique a provoqué des flux et reflux de réfugiés, au gré des circonstances. A chaque massacre, de part et d’autre de la frontière, les rescapés se sont mis à l’abri dans l’espoir de faire, un jour, de leurs anciens bourreaux de nouvelles victimes.

A présent, depuis la «zone humanitaire» dans le sud-ouest du Rwanda. les Hutus les plus extrémistes entrent au Burundi. Illégalement, car la frontière vient d’être fermée et l’armée burundaise y monte la garde. Cependant, majoritairement tutsie, l’armée burundaise ferme les yeux sur les «partants»: les Tutsis, surtout des intellectuels et des jeunes, qui rejoignent les «zones libérées» du Front patriotique rwandais (FPR), le mouvement rebelle. Ainsi, la polarisation s’exacerbe dans les deux camps: le Burundi est infiltré de Hutus assassins et rend au Rwanda des Tutsis revanchards.

«Dire que l’intervention française au Rwanda a achevé de fragiliser le Burundi est une litote plutôt qu ‘une exagération», soupire, à Bujumbura. un ambassadeur occidental. Dans la capitale burundaise, les chancelleries suivent depuis la mort du président Cy-prienNtaryamira,le6avril,rinterminable feuilleton de la succession. Aujourd’hui, à l’expiration du délai constitutionnel d’intérim assuré par le président de l’Assemblée nationale, Alexis Kanyarengwe. il devait toucher à sa fin. Mais «l’intérimaire» vient de demander une prolongation. Se poursuivent, donc, les tractations entre représentants de tous les partis, des églises et de la «société civile » : dans tin grand hôtel de la place, où, sur les murs, les portraits officiels des deux prédécesseurs tués depuis neuf mois font figure de galerie d’ancêtres portant la poisse…

Une histoire qui piétine

« Tout est prêt pour le coup d’Etat, il ne nous manque plus qu’un Président», ironise le journal L’Aube de la démocratie, violemment anti-Tutsis. Une démocratie assassinée en octobre dernier: c’est alors que le premier président élu régulièrement. Melchior Ndadaye, un Hutu, a été battu à mort dans le camp des parachutistes. Depuis, l’histoire au Burundi n’a guère fait de progrès. « Nous menons dans ce bas monde un bal infernal, diabolique, capable de nous pousser à un suicide collectif», écrit, dans son éditorial commémorant la fête de l’indépendance, le 1er juillet. Le Renouveau, qui n’y croit plus: «Des extrémistes mortifères de tous bords se transforment en vampires, en anthropophages buvant le sang et mangeant la chair de leurs concitoyens». C’est à peine exagéré. Dans les jours qui ont suivi la tentative de coup d’Etat et l’assassinat du président Ndadaye, en octobre dernier, les Hutus des collines s’étaient constitués en «comité d’autodéfense». Bilan: des dizaines de milliers de, Tutsis massacrés. Loin de cesser, le bain de sang n’a que changé de camp lorsque l’armée est intervenue pour « rétablir l’ordre », parfois à la mitrailleuse lourde. Là encore, il y eut des dizaines de milliers de victimes. Depuis l’équilibre de la terreur entre, d’un côté, la majorité écrasante des Hutus et, de l’autre, l’armée tutsie monopolisant la force publique, a évité le pire. «Nationaliser l’armée, comme le revendiquent les Hutus, au prorata des réalités démographiques ». est – sur le papier – une idée démocratique. Dans les circonstances actuelles, sa concrétisation serait cependant, selon l’expression locale, «pousse-génocide».

«Un pays au bord de l’abîme»

D’où les négociations: bien que leurs «frères exaspérés» distribuent déjà des armes dans les collines, les Hutus se sentent obligés de composer avec les Tutsis en uniforme. Ainsi, dans le salon du grand hôtel, on parle abondamment de «responsabilité civique». de « démocratie réelle » et de « l’unité nationale ». Sur le terrain, entre-temps, des convois de l’armée tombent dans des embuscades meurtrières avant de revenir en force pour ratisser des quartiers dans le cadre d’un programme de «désarmement» qui, bien souvent, consiste à tirer à vue sur des civils… L’Aube de la démocratie écrit: «H y en a même parmi eux qui détruisent leurs propres maisons pour mettre cela sur le dos des Hutus, afin de susciter la colère et l’intervention des militaires. »

Unanimes, les ambassades occidentales à Bujumbura estiment que seule la désignation de l’actuel président -hutu- par intérim, Alexis Kanya-rengwe, peut sauver «unpays au bord de l’abîme». L’expression est de l’intéressé lui-même qui espère l’emporter face aux extrémistes des deux camps, grâce à l’appui de F état-major de l’armée. Seulement, dans ses rangs, on ne veut plus accepter «un autre président hutu» qu’à condition d’invalider, a posteriori, les premières élections libres ayant, il y a un an. Porté au pouvoir Melchior Ndadaye. «Ce n’était qu’un recensement ethnique», explique un soldat signataire d’un tract pourfendant «une quelconque légitimité sortant des urnes». Aussi, le futur président ne devrait-il son pouvoir qu’au bon vouloir de l’armée.

Molestés, agressés depuis que les forces françaises sont intervenues au Rwanda. les coopérants de Bujumbura sont partis, officiellement, «en anticipant sur leurs vacances». En réalité, pour éviter de spectaculaires évacuations, l’ambassade a «bloqué» des places sur les vols réguliers, notamment sur celui du lundi, d’Air France. Pour les expatriés qui restent, les plans d’évacuation sont «au point». Le Burundi se prépare à désigner son président. En toute sérénité: dans un pays où des charlatans vendent le «fétiche des abeilles» qui, selon leur boniment, «entrent dans les narines- des militaires tutsis et tuent leur cerveau», où 350 000 Tutsis rescapés des massacres d’octobre travaillent, le jour leurs champs, mais rentrent la nuit, dormir dans des camps, sous la protection d’une armée dont deux tiers des effectifs ont à l’époque perdu – au moins -un parent…

En octobre dernier, à la radio, on se référait aux tueries en cours en parlant d’Agashawu. «la petite colère». On redoute la grande.

Stephen SMITH

Categories: Burundi

BURUNDI, «plus ou moins 500 000 personnes»,

November 18, 1993 Leave a comment

18 novembre 1993

  

Dépêche

  

BURUNDI, «plus ou moins 500 000 personnes», victimes des massacres ethniques lors de la tentative de coup d’Etat. C’est ce qu’a estimé Schadrack Niyon-kuru, le ministre burundais des Transports, des Postes et des Télécommunications hier à Paris.

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Retour sur des tueries hutus

November 16, 1993 Leave a comment

Les massacres perpétrés contre les Tutsis depuis le meurtre du président burundais ont souvent été organisés par les administrateurs hutus. Reportage.

 
16 novembre 1993

 
Ngozi, envoyé spécial .

 
rois voilures grimpent vers le nord du Burundi. Vers Ngozi, un gros bourg situé à quelques kilomètres  de la frontière avec le Rwanda. En tête, la Ford  Mustang  de Jean-Pierre. Un «dur» qui a’ fait le coup de feu avec les rebelles ougandais et conduit un petit groupe de Tutsis vers leur village d’origine. Tous ont perdu des membres de leurs familles dans les massacres organisés par les extrémistes hutus au lendemain de l’assassinat de leur Président, Melchior Ndadaye, le 21 octobre. Tous ont peur. Peur de se faire massacrer à leur tour en arrivant. Peur de retrouver   les   cadavres   de   leurs proches, leurs maisons pillées. Jean-Pierre, lui, n’a pas peur. Il se sent protégé par son fusil d’assaut belge caché à ses pieds par une couverture. Par le pistolet qu’il a confié à son voisin. Par des grenades que cachent les autres dans leur sac.

Arrivés à Ngozi sans encombre, après avoir écluse quelques bières au Jardin d’Eden, où ils se retrouvaient quand ils étaient jeunes, ils se séparent pour rejoindre par petits groupes les maisons de leurs familles disséminées en terre hutu. La Mustang grignote la piste de latérite. A l’arrière, après avoir serré dans leurs bras leur mère, réfugiée à Ngozi, qui leur a raconté comment leur père a été décapité à coups de machette dans une école, Alexandre et Remy plaisantent déjà. Il fait beau. Ils sont rassurés par la présence des militaires qui, un peu plus loin, protègent des centaine de réfugiés tutsis.

Le capitaine grimpe dans sa jeep et ouvre la route. Première étape: Kibiba. Un énorme village complètement désert. Un décor de western où flotte une entêtante odeur de cadavre. Les quelque 4 000 habitants ont disparu. Les Tutsis sont morts massacrés par les Hutus et ont été enterrés dans une fosse commune. Les Hutus ont

fui au Rwanda, sur la colline d’en face, au-delà de la rivière Kanyaru. Un survivant raconte: «Lorsque les Hutus ont appris l’arrestation du Président par les putschistes, ils se sont énen’és. On s’est cachés. Ensuite, “l’administrateur” (le maire) est arrivé en Mobylette. Rassurés, on est sortis. Lorsqu’il nous a vus il a demandé aux habitants de nous ligoter. C’est même lui qui a fourni la corde. On a tous été transportés au marché couvert. Le soir, lorsqu’ils ont appris la mort de Ndadaye ils ont commencé à nous décapiter à coups de machette^ -j’m réussi à me sauver… Je suis revenu le lendemain lorsque les militaires sont arrivés et ont fait fuir les Hutus au Rwanda…» Dans tous les villages environnants, ce sont les mêmes récits. Alors que tout se passait à peu près calmement entre les deux ethnies, ce sont souvent des responsables communaux hutus, voire des militants du parti hutu, le Frodebu (Front pour la démocratie au Burundi), qui ont dirigé les massacres. Massacres qui n’épargnaient pas les Hutus jugés complices des Tutsis quand ils appartenaient à l’Uprona, l’ex-parti unique, à majorité tutsi….

A quelques kilomètres de Kibiba, par contre, tout est resté calme. Tutsis et Hutus continuent à vivre ensemble tranquillement dans le village de Mihigo. Les militants locaux du Frodebu n’ont pas ordonné de massacres. Mais l’administration hutu a fui au Rwanda, et les paysans n’ont plus aucune autorité à qui s’adresser. Ils s’en plaignent aux militaires qui ne peuvent pas faire grand-chose, si ce n’est les protéger des incursions des extrémistes hutus réfugiés au Rwanda. Profitant de la nuit, ils viennent, parfois porteurs d’armes à feu, pour terminer le travail. On tue, on pille, et on repart au Rwanda où justement se-sont cachés les administrateurs ou les militants responsables du massacre. Parfois, les administrateurs sont res-

tés surplace. I > miliimes qui savent très .bien le rôle meurtrier qu’ils ont joué sont contraints de négocier avec • eux le retour au calme. Si le capitaine local qui tient des discours loyalistes semble s’acquitter de sa tâche avec mesure, ce n’est pas le cas de tout le monde. Les militaires en retraite ou en civil, dont les familles ont été massacrées, se vengent. Le soir, ils attendent les incursions hutus et tuent un maximum de personnes.

Arrivés à leur village, Remy et Alexandre prennent peur. Les militaires sont partis et, en cas d’attaque hutu, ils devront se défendre seuls. Jean-Pierre a sorti son fusil. Remy tient d’une main tremblante son pistolet. La voiture abandonnée au bout du chemin, c’est la maison familiale. Les ouvriers agricoles sortent des forêts de bambous. La plupart hutus, une partie de leurs familles a été massacrée par leurs frères de la même ethnie. Sans doute parce qu’ils travaillaient pour un propriétaire tutsi. Un à un ils viennent présenter leurs condoléances aux deux frères puis, silencieux, les accompagnent jusqu’à la maison familiale. Ils veulent que l’on reste pour les protéger des incursions nocturnes des réfugiés. Mais, déjà, après quelques .discours rassurants, la Mustang repart.

Ces scènes se déroulent dans presque tout le Burundi. Dans la plupart des régions se sont effectivement des responsables locaux hutus qui ont commandité les massacres (ils auraient déjà fait plusieurs dizaines de milliers de morts). Si les militaires se laissent aller à des vengeances sanglantes dans, certaines régions, dans d’autres, ils sont les seuls à vraiment protéger les habitants.

La population du Burundi semble toujours abandonnée à elle-même, attendant avec impatience les actions d’un gouvernement réfugié -sous protection française – dans un club de vacances au bord du lac Tanganyika.

Gilles MILLET.

 

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Paris envoie quinze hommes à Bujumbura

November 7, 1993 Leave a comment

Les militaires français arrivés hier seront chargés de protéger les ministres toujours réfugiés à l’ambassade de France. Où ils ont déjà leurs habitudes.

 
Bujumbura, envoyé spécial

 
7 novembre 1993

Le   gouvernement   burundais avait  demandé   une  «force d’interposition» à l’ONU et aux «gouvernements amis». Celle-ci s’est transformée en une unité française de quinze militaires   débarqués    d’un Transal, vendredi, à 17h à l’aéroport de Bujumbura. On ne parle plus de «force d’interposition» mais de «coopération» entre l’armée française et l’armée burundaise.   Les   «coopérants» qui sont apparus sur le tarmac en treillis, sont chargés, selon les responsables de l’ambassade de France, de former deux compagnies d’élite – environ 400hommes – dont la mission sera notamment de protéger les membres du gouvernement. L’opération était délicate puisqu’il fallait rassurer le gouvernement élu démocratiquement, sans paraître remettre en cause la légitimité de l’armée. Après avoir hésité, les autorités françaises et burundaises ont décidé de donner une certaine publicité à cette opération puisque le ministre de la Défense, Charles Ntakije, était présent à l’aéroport pour accueillir les futurs formateurs en compagnie du colonel français Michel Cabrière, responsable de la coopération militaire déjà en poste à Bujumbura. Le tout devant les caméras de la télévision locale. Officiellement, il ne s’agit que d’un renforcement d’un projet de coopération décidé avant même la mort du président Ndadaye. D’ailleurs, quatre instructeurs militaires français se trouvaient déjà au Burundi.

Vendredi, dans l’attente des militaires français, les ministres burundais étaient toujours réfugiés à l’ambassade de France. A cause de la cuisine française comme on le raconte à Bujumbura? Jean-Marie Ngeldayo, ministre de la Communication, sourit et ne répond qu’à moitié: «C’est vrai que la cuisine française est bonne, mis cela ne veut pas dire qu’elle est bonne à l’ambassade. » En tout cas, c’est là que les ministres passent leur journée. Là qu’ils continuent à se réunir en conseil, qu’ils discutent avec les militaires loyalistes. Là aussi, pour une bonne partie d’entrés eux, qu’ils dorment. Parfois avec femmes et enfants. Parfois, ils répondent aussi au téléphone à la place de l’ambassadeur ou des conseillers. Ils passent leur temps dans de longs conciliabules. Reçoivent des journalistes. Font des déclarations à la télévision. S’entretiennent des développements de la situation avec les diplomates français qui, sans leur dire, voudraient bien les voir partir.

En effet, l’exil du gouvernement à l’ambassade de France est chaque jour de plus en plus mal vu de la population. On crie au complot français. On invente mille histoires qui ont fini par faire de l’ambassade une sorte de cabinet secret impérialiste dirigeant le Burundi. Comme si les Français avaient soudain remplacé les anciens colonisateurs belges. Les militaires loyalistes qui tentent, comme ils le disent, de «recoller les morceaux» entre le gouvernement légal et l’ensemble de l’armée, voient aussi cet exil à l’ambassade d’un fort mauvais œil: «II faut qu’ils sortent très vite et reprennent leur travail dans les ministères, sinon ils n’auront plus aucune crédibilité dans le pays. On a remis le pouvoir à ce gouvernement et il ne l’a pas encore repris!..»

Les ministres, eux, se défendent: «Nous avons recommencé à travailler, d’ailleurs, dimanche, un certain nombre d’entre nous iront sur le terrain.» Effectivement, le ministre de la Défense doit se rendre à Gitega, dans l’une des régions les plus touchées par les massacres interethniques, pour installer un nouveau gouverneur et «dia-loguer» avec la population.

Le Premier ministre, Sylvie Kinigi est la plus active. Les Conseils des ministres matinaux terminés, elle passe ses journées à rencontrer différents représentants des institutions burundaises. Après avoir passé un après-midi avec les responsables militaires et les gouverneurs encore en poste en début de semaine pour faire le point région par région, elle doit se rendre à l’état-major des armées pour dialoguer avec les officiers, elle est aidée dans cette tâche par certains responsables militaires non putchistes qui avaient déjà fait ce travail auprès du défunt président Ndadaye.

Son souci de dialogue avec l’état-major des armées ne fait pas toujours l’unanimité au sein du gouvernement où quelques ministres, qu’elle qualifie de «durs», lui reprochent de trop faire confiance à ceux qui se déclarent aujourd’hui loyalistes.

Ce sont les mêmes qui hésitent à sortir de l’ambassade et à rejoindre leur poste. D’ailleurs, si le gouvernement quitte l’ambassade, il est prévu qu’il reste, dans un premier temps, groupé dans-un endroit encore tenu secret. Comme par hasard, c’est dans cet endroit que seront logés les instructeurs français. Des «coopérants» qui dans les faits vont servir de gardes du corps à des ministres traumatisés par la tentative de putsch. «Nous sommes tous des spécialistes de la protection rapprochée», se contentait de préciser hier leur chef, le capitaine Marconet, en admettant cependant – qu’une partie d’entre eux appartenaient au GIGN, le groupe d’intervention de la gendarmerie nationale.

Gilles MILLET

 
 

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Vengeances aveugles dans la campagne burundaise

November 5, 1993 Leave a comment

Deux semaines après le putsch qui a coûté la vie au président Ndadaye, les règlements de comptes continuent entre Hutus et Tutsis. Mêmes récits d’horreurs et de massacres en représailles des militaires. Reportage.

 
Gitega, envoyé spécial

 
5 novembre 1993

 
Dossier de l’écriture. Texte: l’homme qui voulait être roi.» Cahier d’écolier abandonné   au   milieu d’immondices. La maison de petites briques rouges est vide. Saccagée. Devant, de grands trous remplis de terre fraîchement retournée. Une vague odeur de cadavre étouffée par la pluie qui tombe drue. Autour, c’est la même chose. Un hameau fantôme, comme tous ceux que traverse la piste de latérite qui monte sur Karuzi, un village de montagne situé à quelques dizaines de kilomètres de la capitale régionale, Gitega. Une petite ville à ,-deux heures de route, à l’est de la capitale du Burundi, Bujumbura. Partout, à perte de vue, des collines, des champs de café, des forêts de bambous et de grands pins que les paysans ont abattus sur le chemin. Tout à coup, des cris, des rires, des appels. Des femmes et des enfants loqueteux sortent prudemment des bambous. Descendent vers ceux dont la couleur rassure. Les Blancs ne sont pas des militaires. Ni des Tutsis. Ni des Hutus.

Les enfants parlent kiroundi, la langue locale. Un vieil homme, qui connaît le français, traduit. Il raconte: «Nous nous cachons des militaires. Ils viennent. Ils pillent. Ils tuent beaucoup de gens. Ce matin, ils sont revenus, ils nous ont volé trois chèvres. »  Un peu plus haut, des arbres barrent  la piste. D’autres paysans montrent  une tombe et sa croix de bambou. Par gestes, ils nous font comprendre que la victime a été transpercée de plusieurs coups de baïonnette. Ici, ce sont des Hutus. Ils ont barré les routes à l’annonce du pustch et de la mort de «leur» président, Ndadaye. Eux qui dénoncent l’armée, à majorité tutsie, dont le campement est installé quelques kilomètres plus bas près d’un barrage. A les en croire, ils sont innocents, ils ne se sont pas attaqués aux paysans tutsis, minoritaires, qui vivaient dans le pays. Pourtant, non loin du barrage, près de cinq cents Tutsis sont rassemblés dans une usine de café protégée par une dizaine de militaires. Eux aussi racontent des horreurs. A l’annonce de la mort du Président, leurs voisins Hutus sont venus se venger. Les Tutsis ont tué presque tous les hommes. Généralement à coups de machette. A l’hôpital voisin de Karuzi, des médecins occidentaux venus en hélicoptère n’ont vu que des blessures à l’arme blanche. D’autres paysans auraient été transpercés à coups de bambous. Enterrés vivants. Sur le chemin, un grand gaillard ruisselant et pataugeant dans la boue cherche à se cacher. Il est tutsi: «C’est reparti, on se tue entre Rwandais. A tout instant, j’ai peur de mourir. » II raconte cela d’une voix douce. Résignée. Comme s’il craignait qu’on lui vole son vélo ou son portefeuille.

Une dizaine de jours après la tentative de coup d’Etat, s’ils sont moins fréquents, les règlements de comptes continuent. Ici, on assassine une famille tutsie. Là, les militaires tutsis abattent en représailles une famille hutue. On devine les dénonciations. Les règlements de comptes. Les vieux conflits villageois réglés dans un premier temps à coups de machette, puis dans un deuxième temps à coups de baïonnettes ou de mitraillage militaire. Partis de Bujumbura, les militaires ont dégagé la route il y a quelques jours. On en voit les traces. Toutes les traces: les arbres et les pierres repoussés le long de la route, mais aussi les maisons pillées et brûlées. Les cadavres abandonnés dans la boue. Tués par balles. La campagne, habituellement grouillante, est étrangement vide. Seuls quelques groupes  de paysans commencent à rejoindre  ce qui reste de leurs habitations.       

L’action des militaires semble assez  peu coordonnée. Alors que certains  groupes ont déjà atteint les montagnes  après avoir «pacifié» les routes et les pistes, d’autres arrivent en s’inquiétant de ce qui les attend plus haut. Ils n’ont pas l’air plus rassuré que les paysans, même si leurs armes sont plus efficaces. C’est à Gitega que les massacres semblent avoir été les plus  importants. Le gouverneur hutu avait lui-même appelé à la résistance contre les militaires. Après avoir barré la route, les habitants se sont attaqués aux Tutsis. Lorsque les militaires sont arrivés, le gouverneur a été tué et les « résistants» poursuivis. Bilan: 2000 morts tutsis et hutus confondus sur 30 000 habitants.

Aujourd’hui, la ville semble tétanisée.   Les   magasins   sont   fermés,  D’ailleurs, ils n’ont plus rien à vendre,  A cause des pillages et du ravitaille-  ment qui n’arrive pas encore. A Bujumbura, c’est le contraire. Lundi, après le week-end de la Toussaint, la vie a repris apparemment normale-  ment. Seuls les écoles et les lycées restent fermés. A l’ambassade de France, le gouvernement, qui se réunit en Conseil des ministres tous les jours, tente de reprendre lentement les rênes du pouvoir. Sylvie Kiningi, le Premier ministre qui constitutionnellement assurera les fonctions de chef de l’Etat en attendant de nouvelles élections, a rencontré lundi après-midi les chefs d corps de l’armée. Après leurs égarements  passés  aux  côtés des schistes, ceux-ci sont soudain devenus légalistes. Les membres du gouvernement qui ont fait appel à une-foi d’interposition  internationale croient guère à leurs bons sentiments mais ils n’ont pas le choix. Difficile d gouverner au Burundi sans un ; minimum de l’armée. Le réalisme l’emporte sur la peur.

 
Gilles Millet

 

Retour sur la mort du président Ndadaye

Dans la nuit du 20 au 21 octobre, les putschistes attaquent le palais présidentiel. Melchior Ndadaye tente de s’enfuir. Récit de ses derniers moments.

 
Bujumbura, envoyé spécial

 
Le Premier ministre burundais, Sylvie Kinigi, a annoncé dimanche que le président Melchior Ndadaye serait enterré «d’ici une dizaine de jours». En attendant, sa dépouille reposerait dans les frigos d’une brasserie limonadière de Bujumbura, la Brarudi. On en sait un peu plus aujourd’hui sur les circonstances exactes de sa mort. Lorsque, dans la nuit du 20 au 21 octobre, les unités putschistes ont attaqué le palais présidentiel, vers 2 heures du matin, le Président et sa famille ont réussi à prendre la fuite en utilisant une porte opposée à celle à laquelle s’attaquaient les commandos parachutistes. Si la femme et les enfants du Président ont pu s’échapper sans trop de problèmes pour rejoindre l’ambassade de France située à moins d’un kilomètre, Melchior Ndadaye a dû utiliser un stratagème. Conseillé par l’un de ses aides de camp, il a revêtu un treillis militaire avant de s’engouffrer en sa compagnie dans un véhicule blindé. Son aide de camp, devenu son protecteur, a fait signe aux putschistes comme s’il faisait partie des leurs avant de prendre la fuite, poursuivi par d’autres véhicules blindés.

Dans un premier temps, les deux hommes ont voulu se rendre à l’ambassade de Belgique. Là, confrontés à d’autres blindés putschistes, ils ont passé leur chemin.

Alors que son aide de camp lui proposait de le déposer dans son quartier d’origine où il aurait pu se cacher dans la maison de voisins qui le connaissaient et l’estimaient, le Président a refusé.

Il a décidé de se rendre au camp Muha, siège de la garde présidentielle à Bujumbura. A peine s’était-il réfugié à l’intérieur que les putschistes ont entouré la caserne et exigé du commandant de la garde qu’on leur remette Melchior Ndadaye.

Le chef de camp a commencé par refuser. L’homme qui dirigeait les commandos rebelles, dont l’identité n’est pas encore aujourd’hui claire, a alors menacé de «faire sauter la caserne». Le chef d’état-major de l’armée, qui aurait été sur place, affirme aujourd’hui avoir tenté en vain de calmer les choses.

Finalement, vers 9 heures du matin, après d’âpres discussions entre eux, les responsables de la garde présidentielle ont livré le Président aux parachutistes. Ces derniers ont alors pris la route du camp militaire de Mwaro, situé à une centaine de kilomètres au nord de Bujumbura. Certains témoignages affirment que l’on aurait montré au Président un décret signé de sa main ordonnant la dissolution de certaines unités de l’armée, en lui demandant de l’annuler. D’autres témoignages soutiennent qu ‘on aurait au contraire voulu lui faire signer des décrets donnant plus de pouvoir à l’armée.

Le Président a-t-il signé sous la contrainte? A-t-il refusé? Difficile de savoir. En tout cas, au terme d’un débat sur son éventuelle remise en liberté après un accord passé avec les putschistes, les plus déterminés l’ont emporté: ils l’ont assassiné en lui brisant les vertèbres du cou. Soit à mains nues. Soit à l’aide d’une crosse ou d’une matraque. Puis les soldats l’ont mutilé en lui coupant le sexe et le nez. Certains voyant dans ce geste une action animiste africaine.

Son corps devait être retrouvé quelques jours plus tard, enterré au cimetière de Ruziba, une commune située à trois kilomètres de Bujumbura. C’est là qu’il a été exhumé, le samedi 30 octobre, avant d’être finalement transporté à la brasserie Brarudi.

G.M

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